16.03.2007

Lettre ouverte à Frodo Baquet, coursier en bijouterie de petite taille.

Cher Frodo.

Je me permet de t’écrire ces quelques mots après avoir pu suivre les neuf longues heures de ton odyssée sur l’écran de mon ordinateur. Je te suggère de voir dans cette lettre les paroles chaleureuse d’un ami qui ne te veut que du bien, et qui ne désire rien d’autre que de te faire partager l’émotion sincère qui lui a parcouru l’échine devant tes chouettes aventures. Aussi me permettrai-je d’aller droit au but en te soumettant dès le début le fond de ma pensée, celle-ci consistant en une affirmation très simple :

Dieu m’est témoin que je n’ai jamais vu de toute ma vie une taffiole pleurnicharde et dégoulinante aussi résistante que toi.

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Comprends bien qu’il s’agit là d’une réelle admiration. Que veux tu. Après neuf heures à te voir successivement manger de la boue, montrer tes grands yeux bleus remplis de larme à tous les passants, te manger des murs dans la gueule, ramper en tremblant ou sangloter dans les vêtements de tous tes amis en répétant que la vie est vraiment horrible, j’avoue avoir été peu à peu saisi du fantasme fou que tu finisse une bonne fois pour toute embroché par un orc de passage et qu’ainsi, le public soit débarrassé de tes longues scènes pénibles de larmoiements convulsifs en collants.

Comprends moi, chère nouille à pattes. Que tu sois incapable de te battre, admettons. Ca arrive à des gens très biens. Ok. Mais dans ces cas là, on assume avec sérénité son statut de bout de viande inoffensif, et on se contente de courir dans le sens inverse du monstre qui te menace. On essaie pas de défier l’ennemi avec son cure-dent en lui jetant un regard pitoyable émanant ce profond message – qui te définie si bien - du : « Attention, je te préviens vilain ennemi, si tu me touche, je vais pleurer très fort ».

Ca s’appelle avoir un minimum de dignité.

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Et surtout, chère apologiste essentiel de la pédophilie aux oreilles pointues, quand l’ennemi en question t’as envoyé balader d’un revers de la main contre le mur du coin (et à ce sujet, je me permet d’être en admiration devant ton sens profond du tourisme : pas un mur ou un sol que tu n’ais croisé sans que tu n’ais omis d’aller t’enfoncer dedans à toute vitesse), par pitié, on n’ouvre pas de gigantesques yeux azurs de pucelle stupéfaite avec l’air de dire : « Que l’ennemi est fort, et que je suis faible, hou hou je vais mourir, que le monde est méchant».

Non, on ne fait pas ça. Enfin. Je me permets de préciser. On ne fait pas ça quand on a un minimum de respect de soi et que l’on ne désire pas trop se montrer en spectacle. On se fait discret. Mais tu sais, dans le fond, le pire n’est pas là.

Le pire, je vais te dire, c’est que tu survives à chaque fois. Et là, je ne comprends pas.

Des milliers de fois, j’ai ressenti la jouissance suprême face à l’instant annoncé où je pourrais enfin voir ton rictus de dépressif fini en manque d’anxiolytiques figé sur ton cadavre refroidi. Que ce soit quand tu bavais en battant des bras face à la vilaine araignée, quand tu pleurnichais les bras tendus en convulsant face au méchant Nazgul qui se tâtait devant l’anneau en mode «je prends ? Je prends pas ? je prends ? ou pas ? », ou enfin quand tu te trémoussais couvert de chaînes, nu et en sueur devant une colonie d’orcs, et bien, à chaque fois, j’ai cru être enfin débarrassé de toi.

Ben non.

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C’est quand même fou que ce soit à ce point. Je suis même convaincu que si l’on te jetait du haut d’un précipice rempli de lave en fusion, les pieds fondus dans cent kilos de ciments, en te recouvrant préalablement d’huile de friture, tu survivrais quand même, ne serait-ce que pour pouvoir après nous fixer d’un regard accusateur en tremblant, ton petit corps frêle et fragile agité de tremblements obscènes.

Entre nous, tu sais comment on appelle ça, chez nous, une créature petite, nulle et grotesque dont la seule qualité est de savoir survivre à tout ?

Un ténia.

Sur ce, te faisant plein de bisous sur ta peau luisante, sache bien que tu as trouvé chez moi un ami sincère et fort au fait de ton petit côté SM, qui se fera un plaisir de te projeter la tête la première dans la Seine lesté d’une bonne tonne de plombs s’il lui venait le plaisir de te croiser.

Je t’embrasse petit chenapan.

E [Lonah].

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