22.05.2009

A Consummer Impérativement Avant Modération v 2.0

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1 brain changed, 7 insertions(+), 11 deletions(-)
src/net/lonah/cat/Sample.as | 18 +++++++-----------

diff -r 6438ae252bb3 -r dde974e86907 src/net/lonah/mixer/model/engine/Sample.as
--- a/src/net/lonah/mixer/cat/Sample.as Thu May 21 00:20:09 2009 +0200
+++ b/src/net/lonah/mixer/cat/Sample.as Thu May 21 00:29:11 2009 +0200
@@ -68,18 +68,14 @@

this.brain.getLanguages.has(CAT) ? Miou : not Miou
}
+
+ public function get Miou():Number{
+ return merrow->getMiou();
+ }

-// override public function load(o:Human):void
-// {
-// lock = true;
-// super.load(o);
-//
-// this.hasMoustaches = true;
-// this.pelage = Skin2Furr(o.skin);
-// this.miou = o.getMiou();
-// }

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Reprenons.

Voici une farce à quatre temps. Le premier se voulait une fanfare de mots perdus dans les creux d'une éclipse. Le second que voici s'en va chatouiller de grands mots trempés dans du martini. Le troisième, alors que vous y serez disposés, parlera de Quema, dîtes aussi "Je suis belle et désirable et entropique". Le quatrième clôturera cela avec du rock and roll perfusé d'électronique.

Ne cherchez pas de sortie, ça n’existe pas les sorties, ce ne sont que des fuites vers le même endroit. Ne cherchez pas non plus d’entrée, dois-je vous dire. A quoi bon vouloir ainsi ne pas se déplacer ?

L’important est que vous êtes là.

Nous avons dans ces bureaux pour tâche d’étudier la réalité. Cela ne se fait pas tout seul, vous l’imaginerez sans problème, demoiselle. Nous la capturons par plein de petits bouts, nous en gardons le reflet sur de grandes plaques brillantes en métal. Nous la suivons par mille moyens détournés, des projections, des rapports, de curieuses équations magnétiques qui s’accouplent et nous rassurent. Nous avons ainsi de jolies guirlandes de mots qui tendent à croire que tout ce qui arrive dans ce monde suit des règles de causalité tautologiques. Des images aussi, de belles images d’endroits qui n’existent probablement pas et qui n’ont de cesse que de rassurer les idiots sur ce mythe d’un machin rond et brûlant qui tournerait de par sa masse autour d’un autre truc rond et brûlant, lui-même à la dérive dans un grand océan de caoutchouc intangible.

Voyez vous ça.

L’important est d’oublier, si vous voulez tout savoir, une grande foire à l’oubli dans laquelle nous accumulons des opinions comme autant de raisonnements creux et peu curieux afin de nous mettre d’accord sur le bien et le moins bien, le premier résonnant toujours mièvrement aux exigeants d’un consensus liquide et flasque. Nous mélangeons ainsi avec application des déclarations à la pomme avec plein de ponctuations pour en tirer une morale, élevant ainsi l’homme au rang d’amateur de pâté de campagne ce qui est quand même assez digne.

Nous n’avons pour souvenirs que des échos. Que voulez vous faire de cela ?

Pourtant, il est ainsi fait qu’à chercher les motifs de ce monde en écartant les partis pris de réveillon, nous dégagions ainsi de curieuses vérités qui, bien qu’elles soient toujours aussi fausses, ont quand même un peu plus de gueule et sont susceptibles de nous amuser. Celle-ci, dans un esprit purement manichéen, nous les mettons en pot. Mettre le monde en pot est un objectif digne des fous. Il y a les petits pots et les grands. Nous laisserons les petits aux gens raisonnables, si vous le souhaitez bien.

La morale est une vaste blague trop importante pour la laisser aux gens sérieux. La morale n’est pas une série de phrases en plastique susceptibles de s’intercaler comme autant d’instructions pré mâchées dans des circonstances données. La morale est en soi comme une évidence superbe. Mais nous avons pris le tic nerveux de tergiverser sur le moindre point comme un jeu pour enfants dans un bac à mots. Nous noyons les idées sous des lieux et des temps, afin de ne jamais chercher le moindre fil, le moindre dessin.

Comme si nous nous appartenions. Autant se moucher dans sa fierté.

A ce point de lecture, si vous avez eu le courage de manger chaque mot, ce qui nous flatterait par ailleurs, vous aurez compris que sont bienvenus ici les fous et les idiots, les capricieux et les hurleurs, les érudits et les ignorants.

Je ne vous cacherais pas que conclure à ce point relève de ma part d’une profonde malhonnêteté teintée de perversion. Nous savons très bien où nous comptons vous emmener, et vous-même le savez déjà. Nous le tairons donc, nous nous contenterons de trinquer. Sachez juste que Quema est belle et désirable. Ce sera déjà ça.

Il n’y a plus d’heure pour donner l’heure, il est temps de manger son nom.

A la santé des fous,
Et au goût de ce monde.



(nous en sommes à la version 2 de cette petite expérience au melon partagée dans pas mal d'endroits différents. Ca devient déjà assez drôle, sur une douzaine de forums postés, 12% ont supprimé les interventions, 24 autres % ont choisi de traduire leur incompréhension par des gesticulations verbales qui se veulent insultantes et le reste oscille entre la découverte des coussinets et la réaction dîte de l'artischaud cuit. On est pas encore arrivé au point goldwin mais on y travaille, promis)

D'ailleurs si vous voulez aller y jetter un oeil à la votre et amusez vous un peu vous aussi

13.05.2009

A Consummer Impérativement Avant Modération

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#include "stdio_brain.h"
#include "hack_14151718.h"

using namespace human::representations;
using namespace pseudoSoul::logger;
using namespace pseudoSoul::events;

extract of
"Lonah::HackUtils::Brain::InstanceEffectEvent::newInstance(void* you)" {
if (dynamic_cast(you) !=0) {
LOG4CXX_ERROR(theLogger,"Brain::InstanceEffectEvent forbidden for superior beings")
return 0;
}
if (dynamic_cast(you)==0) {
LOG4CXX_ERROR(theLogger," => You're a fucking alien");
return 0;
}

Human* realYou = static_cast(you)
this->instance = new InstanceEffectEvent(realYou ->getSoulHashCode(), realYou ->getSouls->size(), 0, 0);
while (this->instance->hasToInitialize) {
this->instance->initNext();
this->instance->hasToInitialize = this->instance->hackableMore(realYou) 0 ? true : false;
}

LOG4CXX_DEBUG(theLogger, "Brain::InstanceEffectEvent : instance created, enjoy your dreams");
return this->instance
}
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Nous revenons sans cesse à la même histoire. Vous vous demandez ce qui se cache sous un amoncellement de lettres peu engageant, et ne voulez jamais croire à la joie quand elle se présente en sphères à la résolution parfaite. Ne consommez pas ce produit sans précautions d'usages. Ne prenez pas de précautions d'usage sans ce produit. Alors cessez quelques secondes ne jette dans le vide autant de questions que de goutte de salive, car il n'y a que votre ombre pour y répondre, et elle s'est fatigué depuis le temps qu'elle rattrape vos hallucinations concernant une vérité sociale qui se dissoudrait dans le martini. Référez vous à un référent pour toute consummation sortant du cadre préalablement fixé, et ne fixez préalablement d'autre cadre que ceux qui tiennent à la verticale de votre sommeil présent. On est jamais trop prudent.

A force de ne jamais être trop prudent, on en vient à ne jamais vivre autrement que par des jeux de personnes interchangeables, à se modeler la cervelle selon des axes pré-écrits, pré mâchés. De deux choses l'une et d'une chose un millier de détails, où vous êtes des fous qui changent de visages, ou vous ne changez de folie qu'à la pleine lune. Dans les deux cas, il suffit de rire une première fois et de ne prescrire en guise d'amnésie qu'une stupéfiante de première.

Ceci est un compte à rebours, à ceci prêt que nous ignorons dans quelle directions nous devons compter

A la santé des fous

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virtual ~InstanceEffectEvent::InstanceEffectEvent() {
this->instance->remove(SL_CONST::getANYTHING());
for (map::iterator it = this->instance->getOpenLinks()->begin() ; )
it != this->instance->getOpenLinks()->end();
it++ {
(*it)->Break();
}

CaTs::GeneralInstance::Recover(this->instance->getMajorSoul());

}
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Bien entendu, ce caprice ne fait que commencer...

Et pour la suite de l'autre jour, nouvelle vidéo test pour le live show des concerts de lonah, exécuté sur Mascha..

test video live 3 from Lonah on Vimeo.

30.04.2009

L'idiot

Petite nouvelle écrite au hasard pour aujourd'hui, à déguster avec des chips et des olives...

L'idiot.

L'Idiot ne fut pas de tout temps et de tout vent l'Idiot. Comme toute création incroyable, il ne fut d'abord qu'une éventualité, un soupçon, puis un simple idiot. De ce chemin de vie qui forgea son caractère et ses doutes, chaque seconde eut son poids, chaque rencontre dirigea un peu plus ses pas vers cet état magnifique.

Quand il n'était que petit idiot, il était un héros, il dirigeait milles mondes d'une main menue et ne s'arrêtait jamais dans sa course pour de simple mots.

Mais toute chose se devant de donner naissance à sa cause, l'idiot devint un jour, au fil de sacrifices grisâtres et de joies saumâtres l'Idiot.

L'Idiot est sympathique. Il aime rire et montrer ses dents. Il aime savoir aussi. Car l'Idiot se pique d'esprit, et n'hésite jamais à dérouler sa langue en public. Est il possible de rebondir sur un apéritif d'une saillie cynique ou de mâcher quelques évidences qui rouleront sur le ventre de ses convives et il sautera sur l'occasion, roulant de sa mâchoire et d'un ricanement sec.

L'Idiot n'est pas idiot : le monde est fait de connaisseurs, et personne d'autre que lui même n'est mieux placé pour se décorer de l'ordre. Tout le monde fait ainsi, et il faut bien vivre.

Il faut bien vivre.

Et bien vivre n'est pas si difficile. Car un beau jour, l'Idiot se décide à combattre Dieu et la Magie, l'Universel et ses rêves, la Beauté et ses miracles. Car l'Idiot ne peut plus vivre avec de pareils confettis dans les cheveux, ils sont devenus insupportables, ils lui glissent dans les yeux chaque fois qu'il tente de s'ébrouer pour rassurer ses ulcères. Dans ces moments là, l'Idiot n'ose plus que chuchoter, il se palpe le ventre en écoutant son âme et tente de digérer une fois pour toute les troubles qui le malmènent.

Il faut donc en finir! Et voilà l'Idiot qui se met en garde, il fend l'air en riant, se retourne brusquement sur lui même, s'aplatit à terre pour vérifier sous la commode. La magie n'est pas là! Montre-t-il du doigt son plafond, son lit ou ses fenêtres que rien n'apparaît, rien d'autre que le vide. Le triomphe se rapproche. Car un mystère se noie sous des mots, des doutes, des vous-savez-bien... S'il suffit de cracher sur la beauté pour qu'elle redevienne un pauvre papier peint pour simples d'esprit, pourquoi se gêner? Et peut être même se cache là la Preuve! Car de petits bonds en bruits de gorge, l'Idiot a convoqué son tribunal. Regardez, s'écrie-t-il devant les jurés, regardez! Il n'y a rien! Rien!

Les jurés sont conquis. Une expertise semble même inutile, car chacun peut en convenir, il n'y a rien. Qui oserait s'opposer à pareille merveille de logique? Et s'il n'y a rien, alors, mais alors, nous voilà seuls et libres. Libres de se goinfrer de mots et de lueurs sans valeurs, car qu'est-ce qui peut bien garder une quelconque valeur maintenant?

La vie, cette constipation biologique?

Le ciel comme un vomis gazeux à peine tolérable?

Non, non... Faîtes vos comptes d'apéritifs, il ne reste plus rien.

La nuit, l'Idiot n'ose plus rêver. Car ce sont les enfants qui rêvent, les adultes eux se collent des néons aux cornées tout en buvant de la badoit.

L'Idiot est un peu triste.

16.01.2009

Chevaliers de Venise chapitre 14 : Les absents

Nouveau chapitre, 14° du nom. Qu'on s'en approcherait presque de pénétrer une deuxième moitié de l'histoire à l'orée de quelques combats... Comme à l'habitude, l'ensemble des chapitres peut être lu directement sur le site Internet, wouhou.

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‘Une âme peut ne jamais se défaire

des chaînes qui l’attachaient à d’autres âmes du temps de sa vie

et ainsi, préférer une absence éternelle cachée au creux des ombres

à la vilaine mort de l’oubli.’

Chant des soeurs.

Cours des chevaliers de Venise

Arthur contemplait ses mains se dissoudre dans ses songes et invoquer des formes curieusement féminines. Il lui semblait que les ombres dansaient selon un rythme secret, dessinant des esquisses qui restaient à peine visibles le temps de les deviner avant qu’elles ne se fondent à nouveau dans la nuit. La cours était plongée dans un noir défiguré par la lumière qu’émettaient les ruisseaux de la petite place.

Paul et Enguerrand étaient toujours assis autour de la table de bois située dans un autre coin de la cours, devisant à voix basse depuis le départ de Juan.

Arthur avait gardé de la nuit précédente une rancœur vivace vis-à-vis de ses nouveaux camarades. Les sœurs… Il était évident qu’il leurs était lié d’une manière intime, Maria, Maria était l’une d’entre elle. Le nom surgissait sans prévenir au détour d’une pensée, le replongeant dans cette haine glaciale à laquelle il s’était maintenant accoutumé. Il avait tenté par trois fois aujourd’hui d’aborder le sujet avec Paul. A chaque fois, le moine avait semblé ne pas vouloir répondre, évitant le sujet d’une manière évidente, repoussant les explications à un autre jour. Arthur réalisa que sa mâchoire s’était serrée en repensant à cela. Que Paul ne veuille pas en parler avec lui...

Une rasade de whisky envoya son cerveau valser un court moment, lui permettant de respirer un peu plus librement. S’ils voulaient faire des secrets, libre à eux et grand bien leur fasse. Il se devait de savoir et tôt ou tard, il saurait.

Alors qu’Arthur portait la fiole à ses lèvres pour une nouvelle gorgée, son corps se figea soudainement, ses muscles contractés à leur extrême limite. Il vit du coin de l’œil qu’Enguerrand et Paul s’étaient levés aussi, visiblement possédés par le même phénomène. Et finalement, il l’entendit.

La plainte qui s’élevait et qui était maintenant parfaitement audible sonnait comme une déchirure effroyable. Elle semblait à la fois profondément humaine, triste, désespérée, et à la fois animale, pleine d’une fureur aveugle et sauvage. Quand elle eut atteint son apogée, Arthur sentit son corps se détendre. Enguerrand venait de se mettre en mouvement et avait accouru jusqu’à la grande porte.

Il jeta un regard à l’extérieur et se tourna vers Paul pour lui adresser un hochement de tête. Alors qu’Arthur arrivait à hauteur de ses deux camarades devant la large porte de bois, il vit avec surprise que Paul, malgré sa morgue habituelle, était saisi d’une violente colère. Ses yeux exorbités s’étaient rougis d’une teinte de sang.

« Préparez vous. ». Il cracha ses mots à Enguerrand et Arthur avant de faire signe à ce qu’on ouvre la porte.

Arthur fut frappé d’étonnement devant les quatre êtres qui se tenaient dans la ruelle à quelques pas de l’entrée. Ils devaient mesurer plus de deux mètres de haut. Leurs corps, parfaitement noirs et lisses, paraissaient n’être composés que d’une matière huileuse et très souple. Chacun arborait au niveau de sa tête un masque blanc percé de deux fentes sans qu’on ne puisse distinguer le moindre visage au dessous.

La plainte se tut aussi lentement qu’elle s’était élevée. Arthur crût y distinguer des mots sans réussir à en percevoir le sens. Quand elle se tût, Paul s’avança et cracha d’une voix sèche : « Selon la dernière loi de Venise, les Absents sont interdit de paraître à la surface sous peine de destruction immédiate par l’autorité reconnue par la loi, les chevaliers de la ville. Retournez dans vos caves si vous voulez conserver cette existence.

- … Nous avons demandé audience… …audience officielle… quelle manière vulgaire… un mauvais accueil… »

La voix sourde et irrégulière qui venait de répondre à Paul s’était élevée depuis le sol jusqu’à emplir toute la ruelle. Elle donnait l’impression de s’exprimer avec une profonde difficulté, comme si chaque mot avait été obtenu au prix d’une lutte.

Paul ne répondit pas tout de suite. Il détailla d’un regard haineux chacun des être avant de lâcher : « Je vous écoute. Soumettez moi votre requête et partez.

- …Pas de requête… …nous n’avons… …Nous n’avons pas de requête pour vous… …Nous respectons la loi… …Nous sommes dehors, maintenant… …Nous venons saluer les chevaliers… …Nous sommes heureux de vous revoir… …Des frères…»

Au dernier mot, Paul bondit sans prévenir, une hache gigantesque et brillante à la main. Il s’arrêta net alors qu’il était sur le point de frapper et recula de quelques pas, le visage rougi par la rage.

Arthur distingua brièvement ce qui avait détourné le moine. Un bras humain s’échappait du corps de l’être, agité de tremblements. Un visage de femme endormie émergea un court instant. Puis, plus rien.

Enguerrand croisa le regard d’Arthur et se rapprocha de lui : « Les absents. Ce sont des parasites qui s’attaquent à ceux qui ont perdu un être cher, en venant les hanter sous le visage du défunt. Une famille de fantômes qui ont perdu tout honneur et vivent de la mélancolie des vivants. La dernière loi de Venise leur interdit strictement de sortir des caves, ce qu’ils ne nous ont jamais pardonné. Mais c’est stupide. Ceux qui ne respectent pas la loi courent vers leur destruction. Même un chevalier n’aurait aucune chance de survie.»

Paul se tenait droit à deux pas du premier absent. La hache qui était apparue dans sa main était posée sur le sol : « Comment ont-elles pu oser vous demander de sortir ?

- …elles… …Nos maîtresses… …Vos maîtresses…

- Nous ne sommes pas leurs chiens! Et quand il sera dit qu’elles vous ont demandé d’enfreindre la loi, nous verrons…

- …Paul le frère de Saint Christophe n’a jamais appris… …Bientôt, nous occuperons les rues de la ville… …Et vous serez prisonniers à votre tour des caves… …Elles vous détruiront comme un jouet… …comme un jouet usé et fragile… …Paul, le frère de Saint Christophe écrira ses mémoires sans lumière… …Ha… »

Paul paraissait partagé, visiblement déstabilisé par l’assurance du monstre qui lui faisait face. Arthur posa la main sur son sabre, se préparant au pire, quand la voix de Juan trancha la nuit : « Ils ont le droit d’être là, Paul. Même si à moi aussi, ça me fait mal au cœur de voir ces sangsues à l’air libre. Mais beaucoup de choses ont changé. Il faut que nous parlions. »

 

Quelques minutes plus tard, alors que les Absents s’étaient retirés non sans une dernière moquerie, Juan donnait aux chevaliers l’exposé de ses découvertes, laissant Paul et Enguerrand dans un état proche de la stupéfaction.

« Tu es sûr de toi, Juan ?

- Oui, Paul, je suis sûr. Venise abrite à nouveau une foi, en la personne du petit lapin qui nous déjà filé trois fois entre les doigts. Tout devient évident maintenant, la légion qui parcours la ville et les sœurs qui réveillent les Absents…

- Ca va être une guerre sans pitié… Et les absents espèrent donc prendre notre place avec la bénédiction des Sœurs. Une foi…» Paul goûta un temps ces mots avant de continuer d’une voix rêveuse : « Je ne pensais pas en rencontrer une deuxième de toute ma mort, comme quoi… Dieu s’amuse avec nous. »

Enguerrand attendit quelques secondes avant de demander : « La vraie question, Paul, c’est de savoir ce que nous allons faire.

- Ce que nous allons faire ?»

Paul leva les yeux vers le ciel et s’offrit un sourire teinté d’ironie et de mélancolie : « Ce que nous allons faire, mon ami? Nous l’avions oublié, non, je l’avais oublié, mais nous sommes les enfants du hasard. Nous allons donc jouer cette partie avec nos propres dés. »

A l’intérieur de la cours, les éclats bleutés de la fontaine dansaient le long des murs et des piliers, traçant des arcs et des arabesques d’azur à travers l’espace.

« Nous allons jouer cette partie avec nos propres caprices.»

Le sourire de Paul était devenu parfaitement sincère. Un sourire de gamin frondeur débordant d’impertinence.

 

 

Un songe de Jamel

 

La cave qui servait de tanière au petit voleur était plongée dans le vide alors que dormait son occupant. Son rêve se projetait sur les murs et les plafonds autour de lui, trahissant les chemins et les détours que parcourait sa conscience.

Perdu au cœur du songe qui lui revenait à chaque fois qu’il fermait les yeux, Jamel courrait, éternellement poursuivi d’une menace invisible. Il dérapait, se cognait contre des murs qui apparaissaient sans prévenir, chutait et se relevait aussitôt, toujours prisonnier de cette course qu’il connaissait maintenant jusqu’au bout du cœur.

« Pour chaque pas, il faut dessiner une empreinte…»

Jamel sentit son corps se compresser alors qu’il reconnaissait l’endroit dans lequel il se trouvait. Il savait maintenant d’instinct que ce couloir était un cul de sac, le piège dans lequel il se ferait dévorer. Il s’enfonça à l’intérieur tout en se préparant au mur qui lui barrerait la route.

« Pour chaque larme, il faut briser un espoir…»

Coincé. Jamel se plaqua contre le mur, faisant face à l’obscurité de laquelle provenaient des bruits atroces. Il ferma les yeux, attendant que les crocs de son poursuivant s’enfoncent dans sa chair.

« Et qu’il ne reste rien. Rien d’autre que notre voix.»

Une caresse chaude contre sa main. Jamel ouvrit les yeux et, lâchant une exclamation de surprise depuis les tréfonds de son rêve,  vit une femme très belle, vêtue d’une simple robe blanche, qui lui tenait la main et lui adressait un sourire plein de tendresse. Le petit voleur serra la main en retour. Sa peur avait disparu. Il comprit que la femme qui se tenait là allait l’aider à s’échapper, qu’il pouvait lui faire confiance aveuglement. Il la suivit alors qu’elle passait une porte qui n’était pas là auparavant, s’enfonçant dans une chaleur douce et agréable.

Une silhouette se détacha dans la lumière.

La main de la femme se crispa soudainement alors que Jamel reconnaissait l’homme qui venait à leur rencontre. C’était, comment s’appelait il déjà ? Juan. C’était son nom. Il paraissait un peu surpris de se trouver là et s’avançait d’un pas hésitant en direction de Jamel.

« Comment ? »

Rebecca, prise d’un violent coup de colère, jeta l’horloge à l’autre bout du grenier à la surprise des novices qui reculèrent sous la surprise. La Sœur tremblait : « Comment ? Comment est-ce seulement possible ? Ce rêve est à nous ! Ce chien de chevalier n’a rien à faire à là, rien! »  

Jamel se réveilla brusquement, incapable de se souvenir de quoi que ce soit. Il contempla d’un œil vide les butins de ses vols autour de lui avant de s’allonger à nouveau, les yeux grands ouverts.

 

Rebecca était restée immobile ces dernières minutes, murée dans un silence inquiétant. Ses yeux noirs brillaient d’une lueur mauvaise, émanant des menaces et des malédictions qui ne dépassaient pas ses lèvres. Les trois novices, elles, s’étaient agenouillées à quelques pas de la Sœur, attendant dans un silence parfait que celle-ci se manifeste.

« Est-ce le même chevalier que celui que tu avais rencontré, ma fille ?

- Non, Sœur Rebecca. Le chevalier que j’ai rencontré portait notre marque, tandis que celui-ci…

- Celui-ci est marqué par la légion… Je ne m’attendais vraiment pas à cette intrusion. Notre mère m’a promis que les chevaliers de Venise nous serviraient… »

Rebecca laissa cette dernière phrase s’évanouir. Elle réfléchit longuement avant de reprendre, d’une voix plus douce : « Nous ne pouvons pas ignorer cette menace… Le chevalier que tu as rencontré… Il était habillé d’un uniforme militaire, tu m’as dit. Un uniforme français d’autrefois… Montre le moi.»

La novice qu’avait rencontré Arthur s’empressa d’amener un miroir devant sa maîtresse. L’image d’Arthur en uniforme, le sabre à la main, y était visible. Rebecca le contempla longuement, suivant du doigt les traits de son habit, puis : « Ces vêtements… Un soldat de la première guerre, et appartenant à ce monde, qui plus est… Un jeune homme marqué par l’une des nôtres à cette époque… J’ai été Novice à l’époque, c’était à Paris…»

Un sourire naquit au coin des lèvres de la Sœur. Un sourire qui s’amplifia, teinté d’une cruauté évidente : « Et il porte notre marque. Sainte mère! Je sais qui il est, Sainte Mère, c’est parfait... Et quel hasard… Dire qu’elle ne sait même pas qu’il est devenu l’un des chevaliers de cette ville. Ha ! »

Rebecca explosa d’un rire malsain, lourd de sous-entendus. Elle hoquetait de joie incrédule, prise d’une surprise non feinte. Quand elle se fut calmée, elle fit signe à l’une des novices de s’approcher :

« Ma fille, je vais te confier un message pour le palais, à destination de notre bien aimée Sœur Maria …»

 

 

Venise, commissariat.

Sur le toit le plus élevé du commissariat de Venise, seul entouré des vapeurs de la nuit, le dix-septième mâchait paisiblement la fumée de son cigare, s’amusant à donner des formes aux nuages qui s’échappaient de sa mâchoire. La plupart figuraient des insectes qui gardaient quelques secondes leur apparence avant de se noyer dans l’encre noire de la nuit. D’autres, plus rarement, prenaient des formes humaines reconnaissables, figurant dans des pantomimes grotesques Juan, Jamel ou parfois le légionnaire lui-même.

Au bout d’un temps, le dix-septième interrompit ses jeux de nuées et détourna son regard vers le sol. Un cafard venait d’atteindre le toit et agitait ses antennes en direction de son maître, qui en réaction s’approcha de lui et le laissa grimper en haut de son chapeau.

« Salut ma jolie, m’fait bien plaisir d’te voir. Et ce soir, c’est l’grand soir pour tes copines, mmmm ? Faut r’connaître qu’elles ont bien bossé, les filles, j’pensais pas qu’on s’rait prêt aussi tôt. D’mon côté, j’ai eu les passe-droit d’la légion, on va pouvoir travailler correctement qu’ça va en être une p’tite jouissance. Toutes tes copines sont à leur place, on peut y aller ?»

L’insecte effectua une petite ronde qui causa chez le légionnaire un grognement de plaisir : « Et bien on est parti. Accroche toi ma chérie. »

Le dix-septième leva une main et parcouru un temps l’espace au dessus de lui. Après quelques mouvements hasardeux, il s’arrêta finalement, resserrant son poing ganté sur un fil invisible. Portant l’autre main à sa chapeau, il se hissa brutalement dans un énorme fracas métallique et décolla à l’horizontale pour se retrouver quelques secondes plus tard à se balancer, accroché dans le ciel à hauteur des nuages. Le cafard resta agrippé à son chapeau pendant que le légionnaire laissait s’échapper un éclat de joie, criant pour couvrir le vent qui traversait le ciel : « On est pas bien là haut, ma puce ? J’t’avais bien dit qu’en f’sant comprendre aux crânes d’œufs qu’il y avait un vrai magot en jeu, ils nous lâcheraient d’quoi nous amuser un peu…»

Le squelette resta ainsi un certain moment à contempler la ville de Venise qu’il pouvait englober du regard, sa main toujours accrochée au fil invisible qui le maintenait dans les cieux. Il s’alluma un cigare de sa main libre, laissa la fumée se mêler aux nuages avant de reprendre à l’adresse du cafard : « Bon, musique, maestro !»

 

Dans les rues de Venise, chaque cafard qui s’était établi dans les rues et les immeubles de la ville se mit en mouvement pour rejoindre l’air libre. De longues processions se formèrent et montèrent ainsi depuis tous les magasins qu’avaient visité les carabiniers le jour même, rejoignant les rues et les toits aux alentours de leur lieu d’affectation.

Quand tous les insectes furent en place, certains d’entre eux commencèrent à émettre de la lumière, selon la fréquence à laquelle Jamel avait ces derniers jours approché le lieu qu’ils occupaient. Les cafards qui résidaient en des quartiers où le petit voleur n’avait jamais mis les pieds restèrent opaques, tandis que d’autres, postés là où leur proie passait assez souvent, rayonnèrent d’une forte lumière blanche.

 

Depuis son poste d’observation, coincé entre deux nuages, le dix-septième put donc admirer la ville se couvrir de lueurs, dessinant au fur et à mesure des symboles curieux à travers les rues et les canaux de Venise. Suivant les lieux que Jamel avaient parcouru ces derniers jours, des cercles apparurent dans certains quartiers, des motifs plus complexes dans d’autres endroits de la cité. Le légionnaire reporta son attention sur un bâtiment de la ville qui brillait de milles feux, largement plus visible que le reste de la ville, sur lequel se rejoignaient de nombreuses arabesques blanches. Un rire osseux s’échappa de sa mâchoire tandis qu’il prenait l’insecte qui l’accompagnait à témoin : « L’hosto de la ville, donc! C’est là qu’not’proie a ses p’tites habitudes, on dirait. Tu pourras transmett’ toutes mes félicitations aux filles, c’est du beau travail qui va direct nous r’mettre l’pied à l’étrier. Allez, accroche toi, on r’descend.»

Le dix-septième ouvrit la main qui le maintenait dans les airs et se laissa retomber à toute vitesse, laissant l’écho d’un rire atroce se perdre dans le sillage de sa chute.

 

 

Venise, cours des chevaliers

Le départ des Absents avait été suivi d’une discussion très agitée entre Juan, Paul et Enguerrand, suite aux nouvelles qu’avait rapportées l’espagnol de sa rencontre avec Jamel. Arthur, lui, s’était tenu à l’écart, mesurant la nuit qui s’écoulait à coups de gorgées d’un vieux rhum qui claquait contre sa langue et le gardait réchauffé. L’ancien lieutenant avait fini par comprendre que la petite fiole qui l’accompagnait partout était capable de lui offrir n’importe quel type d’alcool pour peu qu’il en ressente l’envie.

Fatigué de sa petite errance, Arthur partit rejoindre Enguerrand d’une démarche hésitante, alors que ce dernier s’était éloigné des autres chevaliers, visiblement plongé dans une profonde réflexion : « Enguerrand ?

- Oui, Arthur ?

 

- Dis moi… Si-si j’ai bien compris, r-rien ne sera plus jamais… plus jamais comme avant à cause de la foi et c’est vraiment incroyable qu’il y ait une nouvelle foi dans Venise et vraiment, vraiment…» La voix du chevalier s’égara un temps dans des brumes alcoolisées : « vraiment, une foi, quelle surprise, non, mais moi aussi, ça m’a fait un choc. Juste, j’avais une question que tu-tu vas.. tu vas trouver ça un peu stu-stupide, mais de toi à moi, Enguerrand, juste entre nous, tu ne voudrais pas me dire ce que c’est qu… qu’une foi ? »

Le vieux chevalier jeta un regard surpris à Arthur avant de s’enquérir : « Personne ne t’a dit ce que c’était ?

- Bah… bah non, après, moi, com-comme je suis un peu nouveau, je veux p-pas vous déranger, mais là, j’commence à me dire, j’commence à me dire… » Arthur resta un temps les yeux levé au ciel en se demandant ce qu’il pouvait bien commencer à se dire, avant que son visage ne s’éclaircisse d’une soudaine illumination : « Oui ! Je commence à me dire qu’il faudrait que je me mette au goût du jour. Pas vrai ?»

Enguerrand resta un temps interdit devant le sourire alcoolisé de son camarade, avant de l’entraîner dans un coin : « C’était du devoir de Juan que de t’apprendre cela, je peux te présenter nos excuses… Et moi qui m’irritais de te voir rester dans ton coin alors qu’une foi vient d’apparaître… On ne peut pas faire confiance à Juan pour les choses sérieuses, il est beaucoup trop jeune, je le disais à Paul il y a quelques années… Mort il n’y a pas même cent ans… Enfin. Là, nous serons bien.»

Les chevaliers étaient arrivés dans un coin de la cours où se trouvaient quelques chaises. Arthur s’assit avec quelques difficultés, puis attendit que son aîné ne prenne la parole :

« Nous autres, chevaliers, sommes ceux qui ont refusé de mourir. Cela, tu le sais. Tu sais aussi que nous ne sommes pas les seuls fantômes à traîner encore dans ce monde – tu as pu toi-même voir par exemple les Absents – et, bien sûr, ne sommes pas les seuls êtres à agir à la frontière du monde des vivants. Mais nous sommes tous soumis à la loi qui régit pour chacun, Légion et Sœurs compris, ce que nous avons le droit de faire et ce qui nous est interdit. Ceux qui enfreignent la loi le paient souvent par la disparition de leur être ainsi que de leur histoire, encore qu’il existe des punitions plus cruelles… »

Le vieux chevalier laissa ses mots reposer le temps de s’assurer de ce qu’Arthur l’écoutait, avant de reprendre de cette même voix grave et traînante :

« La loi, donc, qui dirige ce monde et permet qu’il suive la route que lui a tracé Dieu. Mais il existe quelque chose qui transcende entièrement la loi, quelque chose qui a aux yeux de tous possède une valeur incroyable.- la fameuse foi ?

- La foi, en effet. Car ce monde, celui dans lequel nous avons vécu et sommes morts, n’est pas aussi vrai que l’on pourrait le vouloir. Paul m’a dit un jour qu’il en existait des centaines, des milliers peut être. Pour lui, ce monde est un songe de Dieu, un rêve dans lequel nous nous débattons et que les vivants traversent aveuglement toute leur vie. Certains des mortels s’attachent à ce rêve dans leur mort et deviennent des chevaliers, brisant la route divine qui leur était établi. Et, plus rarement, il peut arriver un miracle. Un évènement incompréhensible et imprévisible qui ne peut naître que de la vie et qui bouleverse l’ordre de la loi, ce que nous appelons une foi.

Nous l’appelons ainsi car elle ne peut apparaître que par l’intermédiaire d’un vivant qui a réussi, prisonnier de sa vie, à dépasser sa propre existence. L’acte de foi est un acte de passion pure, de sacrifice. Et quand une foi apparaît quelque part, la loi perd beaucoup de sa force. Sœur et Légion sont obligés de respecter un rituel précis pour s’emparer de ce joyau, ce qui les empêche par ailleurs de tout détruire au cours de l’affrontement.

Mais aux yeux de tous, une foi est le joyau le plus précieux que l’on puisse désirer, elle justifie tous les combats et tous les sacrifices. Je ne saurais pas te dire exactement ce qu’elle rend possible, c’est la deuxième fois depuis ma mort que je suis confronté à ce miracle, mais j’ai cru comprendre que l’on pouvait écrire de nouvelles lois avec, ou d’autres choses encore inconcevables pour nous. Tu connais Paul, tu sais qu’il est impossible de lui arracher quelque chose quand il ne veut pas parler, et je croie qu’il est le seul ici qui pourrait vraiment répondre à cette question… Il a juste bien voulu me confier un jour que la foi est l’apparition de la marque de Dieu chez un mortel, le réveil de cette parcelle immortelle que chaque homme garde caché au fond de son cœur.»

 

Arthur avait tant bien que mal gardé un air sérieux tout le long de la tirade de son aîné. Alors qu’il s’apprêtait à répondre sur un ton ironique, Paul les appela tous les deux. Il était entouré de plusieurs chevaliers qu’Arthur avait à peine croisés depuis son réveil et semblait en grandes préparations.

Quand Enguerrand et lui se furent rapproché, Paul engloba d’un regard froid l’ensemble des chevaliers et commença d’une voix solennelle :

« Mes amis. Nous savons maintenant ce qui se joue dans Venise, et nous avons il y a trente ans pu goûter la bonté des sœurs par nos souffrances. Dieu nous a nommé fils du hasard et je vous le dit cette nuit : nous ne servirons plus aucun maître qui ne soit pas digne de nous.»

La petite assemblée qui s’était regroupée autour du moine approuva gravement.

« Je vais devoir partir en voyage pour quelques jours afin de regagner notre liberté. Pendant ce temps, Enguerrand sera ma voix et mes yeux. A vous de l’accompagner dans ce combat en attendant mon retour. Je veux que vous frappiez à toutes les portes de nos camarades et que vous réveilliez tous ceux qui le veulent, car nous aurons besoin de tous si nous voulons lutter au nom de Venise contre les Sœurs et la Légion.

L’histoire est écrite selon la volonté de Dieu. Aussi, je ne peux vous promettre une victoire sans mentir. Je ne peux vous promettre que la foi décorera notre cours à l’issue des affrontements qui s’approchent. Mais je peux vous promettre que pour ce combat, nous n’agirons que selon nos rires et nos caprices, et garderons jusqu’à la fin notre honneur et notre fierté. Dieux nous aime ainsi et ce n’est que dans ce chemin qu’il nous récompensera.

Vous êtes ceux qui ont refusé de mourir pour le goût de ce monde. Vous êtes ceux qui gardent la ville, ceux qui savent la valeur de ce qui ne se prononce pas. Tous ceux qui viennent perturber ce songe sont nos ennemis et nous les traiterons comme tel !»

La petite assemblée s’était, sous les mots de Paul, peu à peu gonflée d’une importance et d’un sacré qui avait même gagné Arthur. Il sentait l’importance de ces mots et leur vérité, comme il avait ressentit auparavant la justesse des paroles de Juan. Aussi se redressa-t-il inconsciemment, gagné par ce sentiment de camaraderie, et il approuva du bout des lèvres à l’unisson des autres chevaliers le discours du moine.

Enguerrand s’avança d’un pas : « Es tu sûr de vouloir partir seul, Paul ? »

Le moine sourit mélancoliquement tout en détournant le regard vers un recoin sombre de la cours où Arthur distingua Vladimir, le chevalier muet qu’il avait croisé tantôt. Enguerrand le vit aussi et approuva lentement : « J’aurais aimé venir avec vous, Paul.

- Tu sais que tu dois rester ici, mais je te promets que nous leur rappellerons ton nom. »

 

 

 

Hôpital de Venise

L’aube s’annonçait doucement, s’infiltrant peu à peu dans l’imposant hôpital de la ville qui vibrait d’une agitation ralentie. Des infirmières parcouraient sans se presser les longs couloirs qui traversaient le bâtiment, quelques malades veillaient l’aurore d’un regard fatigué tandis que de rares médecins achevaient leur nuit avant de rentrer chez eux.

 

Une troupe d’une dizaine de carabiniers menée par le commissaire Moutardi passa d’un pas pressé l’entrée de l’hôpital sans un regard ni un mot. Ils s’engouffrèrent dans les couloirs et commencèrent à parcourir les différentes salles qui s’offraient à eux.

Le dix-septième chantonnait sans en avoir conscience alors qu’il poussait violemment les portes les unes après les autres, parcourant du regard les infirmiers et les malades qu’il croisait dans sa route. Un médecin tenta de s’interposer et fut violemment plaqué contre un mur par un des légionnaires, puis relâché après que son commissaire lui eut adressé un signe négatif de la tête.

Rendu au troisième étage, le dix-septième lâcha un soupire de satisfaction et s’offrit un cigare. Il y avait beaucoup plus de cafards à cet étage là. Les occupants ignoraient complètement ces adorables petites bêtes, incapables de les voir. La petite troupe accéléra sa course jusqu’à ce qu’elle s’arrête devant un médecin qui leur tournait le dos et sur le corps duquel on pouvait compter une bonne vingtaine d’insectes noirs.

Une main froide sur son épaule. Il se retourna pour tomber nez à nez avec un homme moustachu entouré de policiers qui le cernaient de regards vides. La voix pénétra son corps, lui interdisant de ne pas répondre : « Vous êtes ?

- Je suis le… le docteur Hernani… Je… Je peux vous être utile ?»

La réponse déclancha un sourire inhumain sur le visage de son interlocuteur. Le docteur eut un temps l’impression d’une image de crâne humain qui se détachait en filigrane avant de se ressaisir. Il était fatigué. Cela ne devait pas être grand-chose de grave. Une affaire de routine, sûrement.

Un nuage de fumée.

« Ho qu’j’aime ça… D’une obligeance qu’ça impose le respect ! Et j’pense bien qu’vous pouvez nous être utile, j’pense bien… On va aller en causer un peu au calme, tous les deux, z’avez bien un bureau ou quel’qu’chose qui s’en rapproche ?»

Le docteur Hernani commença à prendre la direction de son bureau particulier, suivi de l’homme moustachu qui ne s’était pas présenté. Son esprit flottait un peu, il devrait se reprendre, il aurait juré avoir distingué des formes noires en haut du crâne des carabiniers qui accompagnaient son visiteur. Il frissonna en pressant le pas.

02.12.2008

Chevaliers de Venise chapitre 13 : Chapitre 13 : L’ombre d’une âme projetée sur l’horizon

Nouveau chapitre des chevaliers de Venise, les douze premiers sont toujours disponibles sur le site Internet (hop)

 

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‘Que les hommes disposent pleinement d’un fragment divin,

d’une transcendance ineffable, nous ne le nierons point.

Comment autrement expliquerions nous l’apparition chaotique et hasardeuse de la foi

et des miracles qui témoignent de sa vérité ?

Mais les hommes s’ignorent eux même, et se croient facilement

hors de portée de la morale qui elle seule éclaire leur âme.

Nous, nous leur soumettons l’ombre que porte cette lumière,

l’ombre qu’ils ne peuvent ignorer

et qui leur rappelle la triste et belle Vérité de leur condition.’

Rapport du vingt et unième de la légion.

Venise, commerce de fruits de Mr Lazzio

Mr Lazzio aperçu du coin de l’œil son dernier client franchir la porte de son magasin alors qu’il commençait à sortir de sous son comptoir les bâches dont il irait ensuite recouvrir ses étalages. Il était midi passé d’une demi-heure et, comme tous les jours de la semaine, le commerçant fermait son magasin de fruits pour deux heures le temps de rejoindre sa femme au premier étage qui préparait le repas.

Cela faisait une vingtaine d’année qu’il avait monté son commerce dans une des petites rues transversales du quartier, et l’homme qui se rapprochait de la cinquantaine s’estimait heureux et satisfait de sa vie. Il avait une clientèle fidèle, pouvait nourrir sans craintes sa famille et appréciait la régularité dans ses journées que lui imposait son activité. Il n’aspirait qu’à vieillir ainsi et peut être, si Dieu le voulait, voir un jour ses petits enfants jouer dans l’arrière boutique.

Quand il entendit le grincement habituel de la porte annoncer de nouveaux visiteurs, il ne se retourna pas et lâcha d’une voix douce : « Nous sommes fermés, messieurs dames. Nous rouvrons dans deux heures. ».

Le plancher craqua dans son dos d’une démarche paresseuse. Le vieil homme se retourna en répétant d’une voix lasse : « Je vous dit que nous sommes fermés, si vous - ».

Sa voix se brisa quand émergea dans son champ de vision celui qui avait continué d’avancer sans s’arrêter. Ses mains furent agitées d’un tremblement indigné, ses joues se colorèrent sous la colère alors qu’il crachait dans un seul souffle : « Vous sortez d’ici ! Je ne veux pas de carabinier chez moi ! Sortez ! Je sais pourquoi vous êtes là, je le sais bien… Vous êtes déjà passé chez Mr Alti, et chez Mr Pichu aussi, qui tient son horlogerie au coin de la rue, et ils m’ont dit ce que vous vouliez ! Et je ne suis pas comme eux, moi, je ne suis pas là pour faire le travail de la police ! Si vous cherchez un voleur, c’est votre problème, pas le mien ! Vous ne vendez pas mes légumes, que je sache ! Et bien moi, je ne capture pas les voleurs ! Maintenant, du vent ! »

Le vieil homme resta en suspens, les yeux encore brouillés par la colère qui l’avait emporté et se vidait maintenant dans de longues respirations. Le carabinier qui venait de rentrer lui offrit un sourire charmeur avant de s’approcher d’un pas lent, les yeux brillants d’un appétit mauvais : « On se calme, pépé, on se calme… Nous sommes là pour autre chose que ça.

- Autre chose ? mais…». La panique naquit brusquement au creux des reins de Mr Lazzio. Le carabinier était très jeune, une vingtaine d’années tout au plus. Une épaisse masse de cheveux noirs lui barraient le front et un sourire angélique lui déformait le visage alors qu’il faisait maintenant face au commerçant. Il prit une pomme d’un des étalages et la contempla d’un regard distrait : « Il est vrai que nous faisons en ce moment le tour des commerces de la ville afin de solliciter de leur part une aide … citoyenne dans notre traque d’un individu des plus dangereux, mais cela ne s’applique pas à vous, pas du tout. Et vous savez pourquoi ?», ajouta-t-il en posant doucement une main gantée sur l’épaule du vieil homme qui n’osa pas répondre : « Vous ne savez pas pourquoi ? Mais parce que votre magasin va fermer, mon bon monsieur. Voilà pourquoi.»

La nouvelle sembla ôter toute respiration à Mr Lazzio qui chancela sous le choc, les yeux clignotant frénétiquement alors que ses mains s’ouvraient et se refermaient dans le vide : « Fermer ?». Il goûta le mot sans y croire : « Fermer ?? Mais… mais c’est impossible, il doit y avoir une erreur, je vous assure, Mr le carabinier, c’est ça, une erreur... Cela fait plus de vingt ans que je suis ici.

- Ca ne veut rien dire, grand père.» Le carabinier croqua avec plaisir dans la pomme et mâcha avec conviction avant de reprendre : « Ce n’est pas parce que quelque chose est comme ça depuis longtemps qu’il ne peut pas s’arrêter brusquement, et hop, du jour au lendemain, plus rien! C’est la vie, pépé, il faut faire avec…

- Mais enfin, il doit bien y avoir une raison ?» glapit d’une voix aigue le commerçant.

« Peut être bien, pépé, peut être bien, mais ce n’est pas moi qui te la dirai. Il faudrait faire une réclamation à la préfecture, je pense. S’il y a eu une erreur, vous pourrez pouvoir rouvrir votre boutique d’ici trois à quatre mois.

- Mais vous ne vous rendez pas compte ? » La voix du commerçant gravit plusieurs octaves dans les aigus. «Trois à quatre mois ? Mr le carabinier, j’ai une famille à charge, une femme et deux enfants. Comment allons nous manger pendant ces quatre mois ? De quoi allons nous vivre ? Et… et la clientèle, enfin, elle va aller ailleurs, et l’appartement, nous avions commencé des travaux, et

- Et vous allez rire…» Le carabinier s’était rapproché jusqu’à n’être séparé que de quelques centimètres du vieillard suffoquant, un sourire faux de compassion sur les lèvres : « … Ce n’est pas mon problème. »

Mr Lazzio recula, chancelant sans réussir à se rattraper à l’un des étalages qui bordaient la petite salle. Au plafond, quelques ombres noires et fugitives apparurent brièvement.

La porte d’entrée se fit entendre, laissant apparaître un nouveau carabinier à la démarche glacée qui demanda sans un regard pour le commerçant : « Alors ?

- Il ne veut pas.

- Donc on ferme.»

David avait lâché ces derniers mots d’une voix morte. Il s’approcha à son tour du commerçant qu’il détailla longuement d’un regard froid et méprisant, tandis que ce dernier semblait reprendre un peu de courage : « C’est un chantage, c’est ça ? Ils sont beaux les carabiniers! Ha ça, ils sont beaux! » Sa voix tremblait comme si elle avait été au bord de se briser : « Je ne veux pas jouer les auxiliaires de police donc on me ferme mon magasin ! Oh, mais ça ne va pas se passer comme ça, je vais en parler autour de moi et je vous assure que -

- Vous êtes sûr que votre femme et vos enfants sont en sécurité ?»

David avait prononcé cette phrase d’une voix aussi désintéressée que possible. Le vieil homme le dégoûtait profondément et il n’essaya en rien de le cacher. Devant la surprise du commerçant, il enchaîna : « L’homme que nous cherchons est un dangereux assassin qui a déjà le sang de femmes et d’enfants sur les mains. Cela fait combien de temps que vous n’avez pas vu vos adorables petites filles? Une heure? Deux heures? » Il leva les mains dans un signe d’impuissance, puis reprit : « C’est long deux heures, vous savez, il ne faudrait que quelques minutes pour qu’il leur tranche la gorge. C’est déjà arrivé… Et vous-même, j’espère que vous ne sortez pas dehors la nuit. Ou alors, vous êtes courageux…» Il jaugea d’un mauvais sourire le corps malingre de Mr Lazzio avant de continuer : « Très courageux… Surtout que l’individu a été aperçu ce matin même dans votre quartier. Vous êtes vraiment sûr que vos enfants sont en sécurité ?

- Oui, je … je croie, enfin… ils… ils jouaient tout à l’heure… enfin, on en les entend plus, ils sont sans doute à table… enfin… ce n’est pas possible… pourquoi il s’attaquerait à nous, nous ne lui avons rien fait…»

Le vieux marchand reculait tout en parlant d’une voix monotone, fouillant instinctivement du regard le moindre coin de son échoppe. Il ne vit pas plusieurs tâches sombres traverser à grande vitesse le mur gauche de la salle.

« Mais…» La voix du commerçant n’était plus qu’un murmure plaintif : « Mais vous allez l’arrêter, n’est-ce pas ? Vous devez… c’est votre devoir de… de protéger les citoyens de la ville …»

David le saisit brutalement par le col et envoya son corps maigre de vieillesse et osseux s’écraser contre un mur. Il s’approcha ensuite d’un pas agile du comptoir du magasin, se saisit de la caisse et la projeta à terre. Celle-ci se disloqua sous le choc et se vida des nombreuses pièces de monnaie qu’elle contenait sous le regard épouvanté de Mr Lazzio qui réprima la pulsion de courir ramasser son argent.

« Vous savez ce que vous êtes, Mr Lazzio ?» La voix de David suggérait une violence froide et destructrice, détachant soigneusement chaque syllabe : « Vous êtes un parasite. Un être qui vit grâce aux autres sans rien leur apporter en retour. N’importe qui pourrait vendre des fruits à votre place, vous savez ? N’im-po-rte qui. Et vous, vous qui vivez grâce à Venise, qui vous engrossez de l’argent de ces citoyens, vous vous permettez de décider de ce que vous devez faire ou non, vous vous offrez le luxe de vos petits jugements mesquins et grotesques et après, vous voudriez notre protection? Mr Lazzio, si l’assassin que nous poursuivons s’attaque à l’un de nos citoyens, je peux vous jurer que je pourrai risquer ma vie pour le défendre. Mais vous, vous n’êtes pas l’un des nôtres. En vous comportant comme une enfant trop gâté, vous nous mettez tous en danger, tout cela pour que vous puissiez revendiquer votre petite vertu. Sauf que ça ne marche pas comme ça. Oh non.»

Le commerçant encore à terre cru apercevoir au plafond des tâches noires qui se déplaçaient vivement mais n’eut pas le temps de s’y attarder. David le saisit au col et le remit de force sur ses pieds, plantant son regard noir dans les yeux usés de sa victime : « Il va falloir choisir, Mr Lazzio. Soit vous faîte vraiment parti de cette ville, vous êtes réellement un de nos citoyens et vous nous aidez dans notre tâche qui est précisément de vous protéger tous, soit vous n’êtes pas des nôtres... Et alors, non seulement nous vous ôterons le droit de vous enrichir sur nos bourses, mais ce ne sera qu’un moindre mal, car sachez que vous pourrez bien hurler tout votre saoul quand l’assassin sera chez vous, alors que vous serrerez le corps sans vie de votre femme tout en suppliant le meurtrier de vous épargner, mais nous, nous ne bougerons pas d’un pouce pour votre vieille carcasse.»

Mr Lazzio s’adossa contre un mur en conservant ses yeux braqués sur le sol. Il cherchait son souffle tout en chassant de son esprit l’image de sa famille en sang, par sa faute, la famille dont il s’était toujours rengorgé d’avoir la responsabilité. Il se vit aussi réduit à la pauvreté, contraint de vendre son appartement et de partir, mais partir où ?

Les tâches noires qui étaient apparues par intermittences dans son magasin s’étaient multipliées, elles dansaient dans l’inconscient du vieux commerçant comme autant de démons irréels.

« Allons allons, nous avons été durs avec vous. Nous pouvons compter sur vous, n’est-ce pas ? » La voix de David était mielleuse. Mr Lazzio n’osa pas le contredire alors que le premier carabinier disait d’une voix claire : « Nous vous avons laissé une photographie du suspect sur votre table. Tout ce que vous avez à faire, c’est de nous prévenir si vous l’apercevez. Inutile de tenter quoi que ce soit d’autre. Vous le voyez, vous nous le dîtes et tout ira bien.».

Le vieux commerçant articula faiblement son approbation, incapable de protester. A l’instant où les deux policiers franchissaient la porte de son magasin,  il s’évanouit sans pouvoir apprécier le spectacle d’une colonie de cafards qui s’emparait définitivement de sa maison.

 

Venise, commissariat

Il s’avança de quelques pas jusqu’à se tenir face au mur décrépi sur lequel venait mourir la lumière du jour et s’arrêta brusquement, le bras tendu, le crâne relevé. Il resta ainsi en suspens quelques instants, cherchant dans le silence les signes d’une mélodie cachée, avant de faire volte face d’un petit saut et de revenir sur ses pas, le corps cabré dans une pose grandiloquente.

Le dix-septième, loin des regards de ses soldats, avait cédé au caprice d’une danse solitaire, parcourant de gestes amples la petite pièce selon des cadences qui n’appartenaient qu’à lui.

Pendant ce temps, le bureau du commissaire Moutardi vibrait d’une activité électrique, peuplé de mille mouvements noirs et rapides. Des cafards rentraient sans cesse dans le bureau par les murs, le sol et le plafond, traversaient la petite pièce et repartaient ensuite vers les rues de Venise sous l’œil ravi du légionnaire.

Un dernier pas de danse l’ayant conduit jusqu’à la fenêtre, il brisa là son caprice et se perdit en contemplation sur la ville telle qu’elle s’offrait à lui du haut de son bureau. Un cigare naquit au coin de sa mâchoire pendant que sa voix montait, gonflée d’une excitation palpable :

« Oh la belle ville que voilà ! En train d’courber la tête histoire d’nous êt’ bien agréable comme il faut. Dîtes moi si c’est pas adorab… Tous ces bons et braves citoyens tout dévoués et prêts à rend’ service pour peu qu’on leur d’mande gentiment…»

Le dix-septième éclata d’un rire atroce avant de tourner les yeux vers le défilé d’insectes qui parcouraient son bureau et de reprendre d’une voix plus douce : « Toujours la même chanson, pas vrai mes chéries ? Laissez les s’croire capables de s’la jouer seul, laissez les gonfler tant qu’ils veulent et ensuite, plongez les d’un coup dans l’noir, qu’ils trempent un bon moment dans leur p’tite solitude. Juste histoire d’leur adoucir la mémoire, qu’ils se souviennent de qui ils sont et de la peur qui ne les a jamais quitté d’puis leur naissance et leur collera aux tripes toute leur chienne de vie… »

Un épais nuage de fumée épousa les bords du chapeau noir avant de se perdre en arabesques blanches dans l’air.

« A c’rythme, d’ici un jour ou deux, mon nouveau meilleur ami pourra pas faire un pas dehors sans qu’on soit au courant. Et on va l’laisser s’promener tranquille, le temps qu’il reprenne ses p’tites habitudes et qu’il s’croie libre avant qu’sa caboche ne comprenne pour de bon qu’la ville entière est à nous. »

 

 

Juan, ruelles

« Quitte à être mort, je me dis que je pourrais au moins être débarrassé de ces fichus rêves. Je croie que je ne supporte plus ce cauchemar, d’autant que je ne m’en souviens jamais vraiment quand je me réveille. Ca a quelque chose d’affreux que de vouloir rattraper des souvenirs qui s’échappent, tu sais. Mais ça, encore, ça va. Le pire, pour moi, c’est l’indifférence qui nous ronge tous avec le temps. Depuis ma mort, les jours se sont écoulés comme s’ils appartenaient eux même à un songe, je me demande même parfois qui raconte mon histoire, mais tu vas me prendre pour un fou. »

Le chat qui accompagnait Juan dans sa marche ne répondit pas, continuant de suivre le chevalier dans son voyage le long des canaux de la ville. Ils passèrent ensemble un vieux pont de pierre taillée et s’enfoncèrent dans l’ombre fraîche d’une ruelle.

« Remarque, je n’ai pas de regret pour le temps de mon vivant. J’ai vécu de belles choses, je croie. Et la condition de fantôme a du bon, aussi.»

Sur ces mots, Juan saisit par les épaules une jeune femme qui croisait son chemin et déposa un rapide baiser sur ses lèvres. La vivantes l’aperçu un instant, tenta de lui dire quelque chose en ébauchant un sourire avant d’oublier et de reprendre sa route, le regard incertain.

Le chevalier esquissa un sourire sous l’air de reproche que lui adressait le chat et reprit sa route : « Il faudrait que je te présente Arthur, un jour. C’est un bon garçon, un peu fou mais nous le sommes tous, n’est-ce pas?»

Alors qu’ils arrivaient à un croisement, un long feulement s’éleva depuis la gorge du chat qui s’était figé dans sa marche, les yeux braqués sur un cafard isolé qui traversait la rue. Juan l’écrasa d’un geste rapide : « Toi non plus tu n’aimes pas ces saletés… Il y en a de plus en plus, la légion est en train de prendre ses aises. Et les sœurs qui nous appellent en plus de tout ça… Plus vite j’aurai retrouvé mon lapin, plus vite nous comprendrons ce qui est en train de se jouer dans notre dos. »

Un nouveau feulement identique au premier. Juan aperçu au bout de la rue deux carabiniers qui sortaient d’un magasin.

« Trop gros pour être écrasés, ceux là. Allez, viens.»

Les deux silhouettes partirent d’un même pas se perdre dans les ombres du quartier.

 

 

Cave de Jamel.

Jamel se retourna sur lui-même, prisonnier du sommeil qui l’avait terrassé la veille quand la peur avait enfin cédé le pas à la fatigue. Il enfonça instinctivement sa tête dans son oreiller de fortune alors que s’échappait de sa gorge de petits glapissements de panique.

Jamel rêvait. Il courrait comme un fou depuis quelques éternités le long d’un couloir monochrome, comme si chaque pas qui touchait le sol remettait sa vie en jeu, poursuivi par une mort sans visage qui le talonnait de près. Arrivé à un croisement, il s’engouffra dans l’un des passages qui s’offraient à lui et s’enfonça dans le noir.

Il n’était pas sûr de savoir exactement ce qui le poursuivait. Il était même convaincu de ce qu’il ne voulait pas savoir, il distinguait dans son dos des bruits immondes, des raclements atroces qui lui semblaient se rapprocher et s’éloigner anarchiquement. Il continua de courir en suivant la courbe d’un virage sans un regard de trop sur l’univers qu’il traversait de sa course.

 

Dans un autre quartier de la ville, au sein du grenier d’une vieille église, les trois novices suivaient des yeux les mouvements chaotiques des aiguilles de la petite horloge noire, accompagnés des commentaires de Rebecca :

« Cette leçon est précieuse mes filles. Il ne faut pas suivre les aiguilles dans chacun de leurs déplacements, mais saisir le vaste mouvement qui sous-tend tout cela, la danse qui marque le rêve de notre victime. Laissons le encore courir un peu, il n’est pas prêt. »

 

Jamel arriva en glissant au bout du couloir, dérapant dans une chute silencieuse jusqu’à se cogner sans douleur contre le mur. Il se retourna sui lui-même et aperçut une fenêtre entrouverte, une issue dans laquelle il s’engouffra tandis que le bruit menaçant se rapprochait. Il sauta ainsi dans le vide et chuta pendant de longues minutes, le visage griffé par les ombres qu’il traversait dans sa fuite.

 

« Regardez, mes filles, regardez bien. Il se fuit lui-même et s’est crevé les yeux de sorte qu’il ne verra jamais ce qui lui fait si peur. Nous ne devons pas aller contre cela, nous devons le laisser choisir par lui-même de se jeter dans nos bras… »

 

Un éclair blanc lui traversa la chair alors qu’il atterrissait de tout son poids sur un sol de marbre. Des fumées bleues flottaient à quelques centimètres du sol. Jamel se perdit en contemplation sur ces nuées qui l’encerclaient et lui chuchotaient des secrets. Il oublia qu’il était poursuivi et essaya de saisir une fumée au creux de sa main, sans succès. Il s’irrita, s’emporta, se jeta dans le noir les deux mains grandes ouvertes.

Un bruit derrière lui.

Il se retourna et vit un autre lui-même qui trébucha et tomba à genoux, puis ouvrit la bouche et vomit du sang. Il hurla mais les ombres lui volèrent son cri et le changèrent en un rire pervers. Il devait fuir, il recommença à courir dans le noir jusqu’à ce qu’un sol carrelé apparaisse de nouveau sous ses pas.

 

« Il revient sur le cercle. Les hommes sont aveugles, ils revivent sans cesse leur vie sans jamais percevoir son sens. Le mouvement est plus lent, il sait déjà ce qui l’attend, il sera bientôt dans le creux de nos mains.»

 

Jamel arriva à nouveau au bout du même couloir, ses poursuivants dans son dos. Il se tourna comme la dernière fois mais la fenêtre n’est plus là. Il n’y avait que des murs droits et solides qui résistèrent à ses assauts. Il tomba à genoux et pleura des larmes de sang qui s’évaporèrent avant de toucher le sol. Il ne pouvait plus s’échapper. Il recula de quelques pas jusqu’à être dos au mur, les yeux braqués sur le sol, à attendre la fin.

 

« Maintenant !»

Rebecca étendit son poignet au dessus de l’horloge et passe un couteau d’argent sur la veine qui parcourait son poignet. Quelques gouttes d’un sang rouge écarlate glissèrent sur les aiguilles et épousèrent leurs formes jusqu’à disparaître. « Maintenant nous possédons son rêve. »

 

Jamel s’était relevé. Le bruit se rapprochait mais il n’avait plus peur, il savait comment s’enfuir et disparaître d’ici. Il s’offrit un sourire et ferma les yeux sur ce rêve qui ne lui appartenait plus.

 

« Rappelez vous toujours, mes filles, notre condition dont hérite la loi qui nous gouverne. Les Sœurs ne peuvent prendre un homme, c’est lui qui doit venir jusqu’à nous et nous offrir sa vie de ses propres mains. C’est le sens de notre vie et la beauté de notre danse.»

 

Une heure plus tard, Jamel se réveillait doucement du néant qui l’avait enveloppé, avec quelques traces du songe qui traînaient encore éparpillés entre ses cheveux. Il regarda la petite horloge qui reposait à côté de son lit, se leva brusquement et parti en route pour un nouveau cambriolage.

 

 

Venise, toit

Cela faisait deux heures que Juan suivait d’un regard paresseux le coucher de soleil sur la ville. Il était allongé sur le toit d’une des plus riches demeures de Venise, accompagné du chat qui avait accepté de partager sa soirée.

Un bruit de pas sur les tuiles. Jamel venait de sortir d’une des fenêtres de la maison, un gros sac de toile sur le dos. Il fit quelques pas rapides, parcourut du regard l’espace qui l’entourait et sursauta brièvement quand il vit Juan à quelques mètres de lui qui s’était redressé et attendait qu’il le remarque enfin :

« Pas de panique, je ne suis pas là pour me battre avec toi. »

Jamel recula instinctivement. Il cracha d’une voix aigue qui se voulait agressive : « Vous êtes de la police ?

- Non. »

La simplicité de la réponse dérouta un instant le petit voleur qui hésitait sur la conduite à tenir. Il était un peu perdu à l’idée qu’on puisse vouloir avoir une autre relation avec lui que celle de le poursuivre. Il gonfla la poitrine : « Vous voulez du mal à Jamel, c’est ça ?

- Non. »

La tête de Jamel oscilla dangereusement de perplexité. Il renifla vigoureusement, posa son sac en toile sur les tuiles et, d’une voix plus calme : « Vous me voulez quoi, exactement ?

- Discuter, Jamel, discuter. J’ai des questions à te poser, et je pense que ce serait bien que tu me répondes. Tu es déjà venu demander notre aide, l’autre jour, quand tu étais poursuivi. Et nous pouvons peut être bien t’aider à nouveau.»

Jamel hésita un instant, se balançant d’un pied sur l’autre visiblement mal à l’aise. Après qu’il ait semblé résoudre un débat intérieur plutôt complexe, il remua vigoureusement la tête : « Et bien allez y. Posez les moi, vos questions.»

Juan tritura un temps son béret, il n’était pas sûr que tout se passait selon ses plans, c’était presque trop facile : « Et bien… Et bien, le mieux serait peut être déjà de me dire d’où tu viens.»

Jamel afficha une profonde incompréhension et, désignant l’endroit par où il venait d’apparaître : « De la fenêtre ?

- Non, enfin, oui. Mais avant ça ?

- De l’appartement ?

- Oui. Oui. Enfin, avant l’appartement…

- De ma cachette ? Vous pouvez vous brosser si vous voulez savoir où est ma cachette! »

Juan passa une main hésitante dans ses cheveux : « Ce n’est pas évident, tout ça. Ce que je veux savoir, c’est là d’où tu viens vraiment. Avant d’arriver à Venise…»

 

 

Venise, une ruelle

 

« Et de quinze. Tu l’as vue, la tête du dernier quand je l’ai saisi par le col? Impayable! J’adore ça, leur faire avaler leur petite fierté d’un seul coup qu’ils en fassent une indigestion, et ça leur fait du bien… Qu’ils se souviennent un peu du respect qui nous est dût, qu’ils ravalent leur prétention qui sent la merde et qu’ils rampent à nos pieds.»

David ne répondit pas aux éclats triomphants de son acolyte, il laissait son esprit errer avec ses yeux sur les pavés avalés le long de sa route. Si la journée s’était passée d’une manière convenable, s’il avait réussi à remplir sa tâche sans se distraire, des images lui revenaient maintenant de celle dont il ignorait toujours le nom et qui l’attendait chez lui. Et puis, il n’aimait vraiment pas Giacco, il le trouvait trop dispersé, trop bruyant. Son triomphe lui paraissait déplacé, il était normal que les citoyens doivent le respect à ceux qui assuraient leur sécurité, oui, mais ce respect se devait d’être accueilli dans la dignité.

Ils rentraient ainsi en direction du commissariat, repassant en revue les magasins qu’ils avaient visité le jour même. Ils ne virent pas distinctement les cafards qui parcouraient les façades des lieux où ils s’étaient arrêtés, juste quelques ombres fugitives qui s’échappaient de leur mémoire.

Au détour d’une rue, David s’arrêta, une hésitation au bord du cœur.

« Prends de l’avance, Giacco, je te rejoindrai au commissariat assez vite.»

Le carabinier s’arrêta, un léger doute sur le visage, avant qu’un sourire ne naisse sur ses lèvres, ponctué d’un clin d’œil complice : « Ca marche, David. Des affaires à régler, je suppose, si tu as besoin d’aide…

- Non. Merci.»

 

Quand Giacco eut disparu de la ruelle, David se tourna en direction d’une vieille bijouterie qui était encore ouverte et s’approcha de la vitrine. Se mordant les lèvres sans en avoir conscience, il parcourut des yeux les chaînes, colliers et bagues hors de prix qui brillaient encore malgré la fin du jour. Il arrêta son regard sur un pendentif en or et resta un temps paralysé par les reflets du métal qui réveillaient des échos curieux au creux de son cœur.

 

 

Venise, toit

 

Cela faisait une dizaine de minutes que Jamel avait fini son histoire. Il avait commencé maladroitement, se perdant dans des détails, hésitant longuement tout en reluquant avec méfiance Juan du coin de l’œil. Jusqu’à ce que la digue se brise et qu’il explose enfin en un déluge de phrase alambiquées, des phrases déstructurées, presque détruites, remontant par bribes la vie du petit voleur depuis le premier jour dont il se souvenait, quand il s’était retrouvé à la rue avec la faim pour seule compagnie.

Il n’avait pas parlé d’Anna, par contre… Il avait soigneusement évité de dévoiler l’existence de la seule personne qui comptait pour lui. Il avait en revanche décrit soigneusement le monstre qui le poursuivait, les yeux au bord des larmes alors que le souvenir du dix-septième dansait dans sa mémoire.

Tandis qu’il reprenait encore son souffle, il comprit soudain que son discours avait troublé son nouvel ami. Juan le contemplait livide, un cadavre de cigarillo encore au bord des lèvres.

« Quelque chose qui ne va pas, monsieur ?»

L’espagnol se passa plusieurs fois les mains sur le visage. Son visage blême était tordu d’un sourire incrédule : « C’est impossible, ce que tu me racontes, tu sais ? Et pourtant, je te croie. Tu n’es pas un intrus venu d’ailleurs, non. Tu es né dans cette ville. Et il t’est arrivé quelque chose d’incroyable que tu ne comprends pas. » Sa voix baissa d’un ton et, comme se parlant à lui-même : « Et comment est-ce que tu pourrais comprendre d’ailleurs… C’est impossible… Mais d’un autre côté, ça explique beaucoup, beaucoup de choses…»

Juan se redressa douloureusement et, faisant face à Jamel : « Tu possèdes quelque chose… de très précieux… quelque chose qui te dépasse, qui nous dépasse tous. Et tu es en danger, mon petit, en grand danger.»

Jamel recula de quelques pas, les jambes prises d’un tremblement de panique. Il aboya : « N’approchez pas ! Et je sais que je suis en danger, le monstre veut me tuer !»

La déclaration fut accueilli par Juan d’un rire amer : « S’il voulait juste te tuer…». Son regard se déroba doucement : « Nous pouvons te protéger, tu sais.

- Je me protège très bien tout seul !»

Un sourire moqueur saisit Juan : « Voyez vous ça. Ca ne t’a pas empêché de venir nous demander de l’aide l’autre jour. Dehors, nous ne pouvons pas grand-chose, mais si nous te cachons au sein de la cour, ils ne pourront plus rien contre toi

- Me cacher ? Je me cache très bien tout seul, monsieur ! Et, et…» Jamel resta quelques secondes en suspens, la bouche entrouverte : « … et je ne peux pas, c’est tout ! J’ai des choses à faire, des choses importantes ! Et si ça se trouve, vous montez un bateau à Jamel pour le livrer en saucisson au monstre, ce serait très bien possible ça ! »

 

Une dizaine de minutes plus tard, le chat atterrissait sur le toit et lançait à Juan un regard interrogateur auquel l’espagnol répliqua d’un sourire amer : « Oui, il est parti. Je ne suis pas très bon pour paraître digne de confiance, ça t’étonne ?»

La nuit avait pris ses droits dans la ville, couvrant les toits de vapeurs d’encre noire. Les yeux du chat s’allumèrent en une lueur moqueuse, tandis que l’espagnol considérait la ville d’un regard trouble : « Il faut absolument que je prévienne Paul. Tu le savais déjà, pas vrai ? Une foi… Quand je pense qu’il était à portée de mains…»

Un rire bref retentit le long des tuiles : « Et qu’est-ce que je croie, qu’est-ce que j’aurais pu faire ? Une foi… ». Juan goûta longuement le mot sur sa langue, avant de se reprendre brusquement : « Mais je n’ai pas le temps de rêver, moi, je dois aller prévenir Paul. J’espère juste qu’il voudra bien me croire.»

07.11.2008

Chevaliers de Venise chapitre 12 : Un songe suffit à nourrir une âme morte

Pom padaboum boum bam tadi tada yeah, pour parapher cette idôle des jeunes qu'est Michel Sardou alors qu'il effectuait son célèbre numéro de claquettes / sardines à l'huile devant un public ébahis.

Pom padaboum boum et nous n'hésiterons pas à appuyer le boum, car voici le douzième chapitre des chevaliers de Venise, l'ensemble des chapitres étant toujours dispo sur le site en cliquant là, oui, là.

Donc chapitre 12, un songe de Juan, la rencontre avec l'Idiot et la Légion qui commence à danser sur la ville. A votre santé :

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‘On dit des chevaliers qu’ils ont refusé de mourir

et que la nostalgie de ce monde les a retenu ici bas.

Le serpent qui me nourrit m’a confié un jour que tout cela était faux.

Nous sommes les fous condamnés, ceux pour qui il est écrit

qu’ils goûteront chaque jour une souffrance plus belle et plus cruelle encore

que ce qu’ils avaient déjà enduré.’

Ecrits de Paul.

Il contemple, un peu idiot, ses mains couvertes de sang séché qui luisent d’une chaleur mauvaise sous les caresses de la lumière du jour, ses mains crasses et lourdes dont il n’arrive pas à ce convaincre qu’elles lui appartiennent vraiment. Il les tourne et les retourne plusieurs fois, suivant du regard les crevasses noires qui se sont formées en épousant les replis de chair, cherchant en vain des yeux un fragment de peau qui serait encore vierge de toute folie.

Ce n’est pas mon sang !

L’idée traverse son esprit embrumé et s’impose comme une évidence. Le sang qui recouvre ses doigts est celui d’un camarade, d’un compagnon de lutte. Il tente de retrouver le nom de celui qui est mort dans ses bras mais se heurte à un mur silencieux. Il lutte contre l’oubli, il doit pouvoir se souvenir. Mais il se perd dans le vide, ses mains blanchissent sous ses yeux et le noir revient, qui l’enlace et le perd à nouveau.

 

« Ils ont eu Carlos !»

La phrase résonne et l’arrache à la torpeur qui l’avait dérobé. Il voie un de ses camarades s’élancer en direction du corps qui vient de s’écraser lourdement contre le sol. Il ressent le besoin urgent de crier, de le prévenir du danger.

Aucun mot ne sort de ses lèvres.

Le coup de feu cueille l’homme à travers un vitrail alors qu’il arrivait pour secourir son ami et le voilà qui s’écroule à son tour, la gorge crevée par l’impact.

C’est un rêve.

Il connaît ce rêve pour l’avoir vécu de nombreuses fois. Il entend sa propre voix intimer aux survivants de se plaquer contre les murs de la petite église dans laquelle ils se sont réfugiés. Il ne reste que quatre d’entre eux. Carlos et Luizo sont morts. La voix d’un de ses amis résonne, gonflée de colère : « C’est impossible ! Comment ont-ils pu réussir à le toucher à travers un des vitraux ? »

Il n’a pas le temps d’entendre sa réponse. Le noir est revenu et avec lui l’oubli.

 

« Juan ?»

L’appel de son nom le ramène au cœur du cauchemar. Il se retourne en baissant son fusil. Encore une fois, il est incapable de se souvenir du nom de son camarade. Celui ci ne doit pas avoir plus de vingt ans. Ses yeux sont rougis par la fatigue et la peur, son front est luisant de sueur et ses mains tremblent autour de sa carabine. Il semble hésiter, paraît se raviser, puis enfin, d’une voix étranglée : « Tu dois nous sortir de là, Juan. »

Il se sent sourire. Il ne devrait pas dans ces moments là, il devrait prononcer des paroles fausses et réconfortantes mais il n’y arrive pas. Il entend sa voix, pleine d’une ironie mordante : « Nous sortir de là? Quelle bonne idée, je n’y avais pas pensé mais maintenant que tu le dis…»

Il perd conscience sur le regard accusateur du jeune homme qui ne comprend pas qu’il puisse s’amuser de la situation. Il aimerait lui dire qu’il n’y est pour rien, qu’il a fait au mieux et qu’il reste toujours un espoir, mais les mots se dessèchent au fond de sa gorge. Et comment ne pas rire, après tout, de savoir que leur petit groupe d’anarchistes va achever sa carrière assiégé par les franquistes au cœur de cette minuscule chapelle de campagne. ?

Comment ne pas rire de cette ironie cruelle qui va les voir mourir un par un, eux qui crachaient sur Dieu en riant, sous le regard immobile du Christ et de ses saints ?

 

Miguel. Le jeune s’appelait Miguel.

Il regarde sans y croire le corps du gamin qui a tenté de s’enfuir, abattu quelques secondes à peine après qu’il ait franchi la grande porte. Il est seul, maintenant. Il ne ressent aucune tristesse, il aimerait juste au moins emporter une de ces ordures avec lui. Il vérifie pour la millième fois son fusil et se renfonce dans un interstice de pierre à côté de l’autel, contemplant l’un après l’autre d’un œil vide les corps de ses camarades.

Il sait que le rêve touche à sa fin et enrage d’être ainsi mis à nu, condamné à revivre tout cela jusqu’à la lie.

 

Je vais mourir.

Ses yeux s’ouvrent sur les éclats du feu qui a envahi la petite église. Le toit se désagrège et menace de s’effondrer. Il sait qu’ils l’abattront à la seconde où il tentera de s’échapper. Il n’arrive pas à comprendre à quel moment ils ont recouvert les murs d’essence mais cela n’a plus d’importance, maintenant.

Il s’élance à travers un vitrail, atterrit sur le sol, se relève maladroitement et tente de courir. La balle lui traverse le cœur au troisième pas et il s’écroule face contre terre. Il entend des pas s’approcher de lui. Ils ne lui tireront pas dans le dos. Il se retourne avec difficulté...

Deux soldats en uniforme le contemplent d’un œil vide, puis s’écartent en laissant passer celui qui doit être leur officier.

Un reflet de l’incendie illumine son visage un instant.

Malgré sa vie qui s’enfuit, Juan ressent une terreur immonde s’emparer de lui. Il essaie de hurler mais son souffle s’est déjà épuisé. Et le noir l’envahit, définitivement.

 

 

Juan se redressa brutalement et resta ainsi en suspens, assis en travers de son lit à essayer de reprendre sa respiration. Il lui fallut un long moment avant de pouvoir retrouver un semblant de calme. Quand son souffle devint plus régulier, il s’adossa contre le mur derrière lui et perdit son regard sur la frange de lumière qui témoignait du jour sous la porte de bois de sa chambre.

Encore ce rêve

Il regarda ses mains d’un air trouble. Il connaissait trop bien ce cauchemar qui le hantait régulièrement et qui à chaque fois, l’abandonnait épuisé et vierge de tout souvenir…

 

 

 

Venise, Cannaregio.

C’était une matinée ordinaire, pareille à toute autre dans ce quartier de la ville. Les passants défilaient le long du canal comme autant de pantins inutiles, laissant leurs reflets à la traîne se troubler à la surface de l’eau noire.

Un chat qui passait par là, alors qu’il se promenait le long d’une vieille nostalgie, s’arrêta brusquement, les sens en alerte, son regard planté en direction d’un point du canal dont l’eau était agitée de tremblements inhabituels. Un long feulement s’éleva à mesure que les mouvements de l’eau s’accéléraient en un bouillonnement intense, sans que personne n’ait semblé s’en inquiéter.

Le chat ne s’étonna pas de cette indifférence de la part des hommes qui était un constant sujet de moquerie chez les félins de la ville. L’animal recula de quelque pas pour s’assurer de sa sécurité sans cesser de fixer de son attention la surface de l’eau qui était redevenue parfaitement lisse. Quelque chose était là, qui attendait son heure…

Le chat redressa les oreilles. Un bruit montait peu à peu, une plainte sourde et lancinante qui tenait presque du chant. Ce qui était un simple murmure mua avec le temps en un hurlement de tristesse et de désespoir. Les hommes, eux, semblaient avoir choisi de ne pas l’entendre et passaient leur chemin comme avant. Mais le chat aperçut dans les environs trois autres de ses pairs qui avaient accouru et restaient eux aussi à bonne distance, le regard braqué sur l’ombre qui se distinguait à peine à travers la surface de l’eau du canal.

Les chats partagèrent leurs accords et parvinrent à une même conclusion. L’être qui se cachait appelait sa proie.

Peu de temps après, alors qu’une jeune femme passait mêlée aux autres passants le long du canal, un bras noir d’une texture huileuse jailli hors de l’eau et lui enserra le corps. Elle s’arrêta net, sans toutefois montrer le moindre signe de peur, et tourna un regard triste en direction de l’eau. Un nom traversa ses lèvres, un nom douloureux.

L’être sortit de l’eau péniblement, se déplaçant faiblement d’une démarche pataude. Son corps, noir, brillant et parfaitement lisse se déformait à chaque mouvement, tentant tant bien que mal d’avancer malgré un équilibre précaire. Il portait un masque blanc, percé de deux fentes à la place des yeux, qui semblait collé à même la peau de l’être, là où aurait du se trouver son visage.

Les chats reculèrent mal à l’aise. La mémoire de l’être s’était perdue depuis quelques générations et ils ignoraient quels dangers se cachaient derrière celui-ci.

La femme ignora parfaitement l’être alors qu’il arrivait à grande peine à sa hauteur et la prenait dans ses bras. Une larme apparut.

Puis, semblant se réveiller, elle se frotta les yeux et reprit sa marche d’un pas plus lent, traînant l’être avec elle là où elle devait se rendre.

 

La nouvelle passa de chat en chat en peu de temps, signalant que le même phénomène s’était reproduit dans de nombreux endroits de la ville. A la mi journée, on comptait une centaine de ces créatures, chacune accolée à un des habitants de la ville et le suivant dans ses moindres déplacements.

 

 

Cour des chevaliers

Arthur ajusta sa veste avec lenteur, reproduisant plusieurs fois le même geste, perdu dans ses pensées. Il n’avait pas dormi de la nuit, toujours hanté par sa rencontre de la veille et avait finalement trouvé avec l’aube la force de se lever de son lit pour sortir de sa chambre.

Il franchit la porte et la cour de Venise se dévoila sous ses yeux du haut du deuxième étage. Il s’avança jusqu’à la balustrade et laissa son regard se perdre sur la petite place traversée par ses cours d’eau. Il distingua au loin, sous une des arcades, Paul accompagné d’un autre chevalier, sans ressentir le besoin de les rejoindre et de briser ainsi sa solitude.

Ce fut quand il tourna paresseusement le regard qu’il vit qu’il n’était pas seul. Il ne put détacher ses yeux qui détaillaient cet homme adossé contre un mur un peu plus loin, ignorant parfaitement sa présence.

Arthur fut de prime abord frappé par le physique de celui qui devait être, supposait il, un autre chevalier. L’homme n’avait pas de jambes et son ventre démesurément gros reposait à même les lattes de bois. Son corps tout entier paraissait boursouflé, comme s’il avait été piqué par un insecte au venin dévastateur. Ses bras mesuraient le double de son corps et reposaient à ses côtés en traversant de leur longueur toute la distance qui séparait le mur de la balustrade.

Ce fut le visage de l’inconnu qui dérangea le plus Arthur, seule trace sensible d’humanité de son crâne parfaitement rond et chauve. Ses lèvres semblaient repliées en une éternelle moue boudeuse, mais ses yeux paraissaient pleinement conscients et dégageaient une tristesse infinie dépourvue de larmes.

« Nous n’avons pas eu le plaisir d’avoir été présenté l’un à l’autre. Je m’appelle Arthur, une nouvelle recrue de votre groupe de fantômes. »

L’inconnu tourna très lentement la tête en direction d’Arthur sans que son regard ne varie.

« Tu n’es pas très causant, dis moi ?

- Il ne te répondra pas.»

Arthur se retourna face à Juan qui se tenait à quelques mètres derrière lui, le visage pale, les mains agitées de faibles tremblements : « Tu as passé une mauvaise nuit on dirait, Juan.

- Une habitude. Ca ira mieux dans quelques instants, mais je peux au moins faire les présentations. L’Idiot ne parle à personne depuis l’accident qui l’a mis dans cet état, il y a trente ans.

- L’Idiot ?

- Oh, il ne s’appelait pas comme ça avant. C’était un homme formidable encore que je l’aie peu connu. Il avait le cœur sur la main et riait plus souvent qu’il ne parlait. Paul, Enguerrand et lui formaient un trio de fous dangereux qui a battit pour quelques siècles la réputation des chevaliers de Venise. Des trois, il est celui qui a payé le prix le plus élevé contre les Sœurs. Depuis ce jour maudit, plus un mot, rien. On le croise parfois dans la cour à mâcher sa tristesse, ignorant ceux qui lui adressent la parole. Je croie que Paul est le seul avec qui il accepte de parler.»

Juan conclut sa présentation d’un léger signe de la main et partit en direction des escaliers qui descendaient jusqu’à la petite place, laissant Arthur seul avec l’Idiot. Ce dernier s’était désintéressé du nouveau chevalier et laissait son regard flotter dans le vide, les lèvres toujours figées comme s’il avait été au bord de pleurer. Arthur s’accouda à la balustrade, suivant du regard l’espagnol qui rejoignait les autres chevaliers, puis d’une voix absente : « Les sœurs, n’est-ce pas ?»

L’idiot tourna à nouveau les yeux en direction de l’ancien lieutenant, qui aurait juré que les lèvres de cet étrange chevalier avaient tremblé un court instant. Arthur s’offrit un sourire et s’approcha de lui d’un pas lent : « Je suis content de voir que je ne suis pas le seul. Je peux te promettre de leur rappeler ton nom, la prochaine fois que j’en tiendrai une au bout de mon sabre. Si tu le désires, bien sûr.»

Arthur ne put retenir un mouvement de recul. L’idiot se tenait maintenant droit devant lui et serrait son bras droit d’une de ses mains gigantesques, le regard dévoré de tristesse plongé dans l’âme du nouveau chevalier, un hideux sourire défigurant son visage. Un chuchotement traversa les lèvres de l’Idiot : « Vladimir…»

Les lames froides glacèrent l’âme de l’ancien lieutenant devant la souffrance que traînait avec elle la voix de l’idiot, une souffrance infiniment plus grave et plus profonde que la sienne. Il ferma les yeux, posa sa main par-dessus celle de son nouveau compagnon et d’une lente révérence chuchota à son tour : « Pour ça aussi elles paieront. Je te le promet ».

Un courant d’air caressa la joue d’Arthur. Quand il ouvrit les yeux, l’Idiot avait simplement disparu, le laissant seul. S’accoudant à nouveau à la balustrade et laissant le soleil matinal abreuver sa peau, il se perdit en pensées sur ce qu’avait pu vivre Vladimir et le laisser dans un tel état, l’âme fêlée et le corps détruit. Ses mâchoires se serrèrent à son insu alors que la colère revenait plus fraîche encore rythmer son souffle.

 

Deux étages plus bas, Juan traversait la petite place, enjambant les cours d’eau qui la parcouraient en direction de ceux qui l’attendaient. Paul et Enguerrand prenaient le thé à l’ombre d’une arcade et saluèrent d’un mouvement de tête l’arrivée de l’espagnol. Ce dernier s’installa dans un des sièges encore libres et, sous le regard interrogateur de Paul, commença son récit :

« La légion était au rendez vous en petit nombre. Nous n’avons même pas eu l’occasion d’approcher le lapin qui s’était invité chez nous il y a quelques jours, mais je peux confirmer qu’il s’agit d’un animal curieux.

- Curieux comment ? » La voix d’Enguerrand était comme à son habitude grave et sèche.

« Un garçon très impoli. Je lui ai tiré deux fois dans le dos alors qu’il s’échappait de la légion et il n’a même pas daigné s’arrêter un instant... Et il y a autre chose, l’officier qu’ils ont envoyé est un vieil ami.

- Combien ?

- Dix-sept. »

L’annonce fit son effet, sortant Paul de sa rêverie : « Le dix-septième ? Tu ne devrais pas trop t’approcher de lui, Juan, tu le hais trop pour rester digne.»

Le moine saisit un coffret noir de petite taille qui reposait sur la table autour de laquelle ils se trouvaient assis et, comme parlant à lui-même : « Le dix-septième… Un lapin totalement inconnu et grotesque mais insaisissable…»

Juan l’interrompit : « Il a parlé d’une opération de routine… C’est peut être un des leurs qui s’est échappé et dont ils sont responsables, tu sais qu’ils ne reconnaîtraient jamais ce genre de chose devant nous…

- Il ment.» Paul venait d’ouvrir le coffret qui abritait un masque noir et or, qu’il tendit sans un mot à Juan. Ce dernier se perdit en contemplation devant l’ouvrage parfaitement ciselé, passant son doigt sur les lignes dorées qui soulignaient les yeux et les lèvres du visage modelé. Il se souvenait que ce masque avait une signification mais s’avérait incapable de remettre le doigt dessus. La voix d’Enguerrand le saisit au vol :

« Ce masque est apparu à côte de la fontaine cette nuit. Tu ne te souviens sans doute pas, mais nous avions reçu un même objet il y a trente ans. Les sœurs façonnèrent le premier il y a des siècles de cela, quand les chevaliers de Venise leurs présentèrent leurs épées pour se mettre à leur service. C’est un symbole de notre ancienne alliance.

- Et s’il est ré apparu cette nuit, c’est donc que les sœurs ont à nouveau besoin de leurs chiens préférés, c’est ça ? Comment osent-elles ? ». Les derniers mots avaient été crachés.

Les yeux de Paul se durcirent : « Elles osent parce qu’elles sont aveugles, Juan. Nous, nous vivons avec la mémoire de ce qui nous est arrivé, la souffrance qui s’est rajoutée chaque jour un peu plus à ce que nous avions enduré, comme Arthur vit dans une rage qui ne s’éteindra pas avec le temps. Les Sœurs, elles, ne doutent pas que nous leurs serons toujours fidèles, elles n’imaginent même pas que l’on puisse les haïr…

- Et elle ? Qu’en pense-t-elle ?

- Elle ne s’est pas encore réveillée, cela fait trente ans qu’elle s’est enfermée dans sa chambre… Mais je pense qu’elle devrait bientôt être parmi nous. La légion qui poursuit le lapin d’un côté, les sœurs qui nous appellent de l’autre… Il se passe quelque chose. Quelque chose d’important… Et plus important que tout, il est temps pour nous de cesser d’agir comme les serviteurs d’un maître ou un autre, non ?»

Paul se leva, entraînant Enguerrand dans son mouvement sous le regard interrogateur de l’espagnol. Il saisit le masque noir et or d’une main, puis dit : « Il va falloir réfléchir. Si nous rentrons dans cette danse et défions la légion et les sœurs, nous ne pourrons nous permettre la moindre erreur. Pendant ce temps, trouve le lapin et ce qu’il cache, Juan. Elle devrait bientôt se réveiller et nous lui demanderons conseil. Assure toi juste de prévenir Arthur avant qu’il ne la rencontre. »

 

 

Venise, commissariat.

« Il est donc impératif de suivre la liste des commerçants dans l’ordre indiqué, de les convaincre un à un du bien fondé de leur coopération avec les forces de l’ordre et, naturellement, du fait que tout refus pourrait être interprété comme une agression en soi vis à vis de la politique de sécurité et… Tu m’écoutes, David ?»

Non aurait été une réponse honnête mais dangereuse, aussi David se redressa-t-il en s’excusant : « Je vous écoute, mes excuses, je suis encore peu réveillé.

- Ca ne te ressemble pas et je te conseille de faire attention. Le commissaire Moutardi te considère comme un excellent élément parmi nous mais rien n’est acquis, tu le sais…

- Je le sais, ça ne se reproduira pas.»

David conserva une posture rigide et attentive tout le temps que son collègue finissait de lui expliquer leur nouvelle tâche, tout en laissant son esprit vagabonder sur celle qu’il avait laissé chez lui en lui intimant de ne pas sortir et d’attendre son retour. Il ressentit une irritation à l’idée d’avoir ainsi trahi son devoir et de ne pas l’avoir signalée à ses collègues. Comment pourrait il prétendre défendre l’ordre quand lui-même l’enfreignait ? Il se répéta les paroles réconfortantes qu’il avait trouvées pour l’occasion et porta son attention sur la liste de noms et d’adresses qui reposait dans sa main.

« Tu seras accompagné par Giacco. Il est vital que nous mettions la main sur cet individu, la sécurité de Venise en dépend directement.

- Enfin, après tout, ce n’est qu’un cambrioleur, non ? ».

Le regard du carabinier prit une teinte de plomb alors qu’il s’approchait de David et qu’il lui confiait d’une voix plus basse : « Parce que tu croies qu’on déploierait autant de moyens pour un simple voleur ? Pour information, deux des nôtres ont trouvé la mort dans l’affaire de la banque, hier soir, deux pères de famille qui ne faisaient que leur devoir. Tu vas aller voir leurs gosses et leur expliquer que la mort de leurs pères n’est pas très grave ? C’est ça que tu veux ? ».

Les joues du carabinier s’étaient enflammées sous la colère. Il se calma et, prenant un ton de confidences : « Et puis, de toi à moi, je pense que le commissaire ne dit pas tout, histoire de nous protéger, mais il y a des histoires qui courent. L’individu aurait pas mal de sang sur les mains en fait... On parle de femmes et d’enfants agressés et retrouvés dans un état atroce, de mutilations gratuites sur des cadavres et je t’en passe... Non, détrompes toi, ce Jamel est un des pires criminels qui soit jamais passé par la ville, un fou meurtrier et dangereux. C’est pour cela que nous ne pouvons pas nous permettre de prendre de risques ».

David approuva d’un mouvement sec de la tête. Il se sentait mieux à présent, il était arrivé déprimé et peu enjoué à l’idée d’une journée de travail, probablement sous le coup de la fatigue, mais il avait en quelques instants retrouvé la fierté et la gravité inhérentes à son statut et profitait en douce d’un miroir un peu éloigné pour se reluquer dans son uniforme impeccable. Il salua son collègue et se dirigea vers son bureau où il se préparerait au travail qui lui avait été assigné.

Et puis, ce n’était que justice que les habitants de la ville les aident à arrêter cette ordure. S’ils vivaient là et profitaient de la bonne santé de Venise, ils ne pourraient refuser d’aider à la protéger. A moins d’être vraiment malhonnêtes, et pour ceux là…

Avec nous ou contre nous. Il n’existe pas d’autre choix.

 

 

Venise, hôpital

L’infirmière achevait de s’assurer que Mme Liepschitz ne manquait de rien, répondant maladroitement à ses sourires, pressée de sortir de la chambre. La compagnie de la vieille aveugle lui était difficile sans qu’elle n’ose se l’avouer. Non pas qu’elle était désagréable, au contraire, elle souriait à la moindre occasion et s’excusait sans cesse des gênes qu’elle pouvait causer… C’était juste que la vieille femme semblait ne rien ignorer des gens et des objets qui pouvaient l’entourer, ce malgré sa cécité. Elle lui avait ainsi suggéré de se reposer dans un de ses habituels conseils amicaux, alors même que l’infirmière venait de rentrer dans la chambre. Elle affichait en effet des cernes qui lui creusaient largement la peau sous les yeux et passa le reste de son séjour dans la chambre de la malade à se demander par quel miracle l’aveugle avait pu deviner son état de fatigue…

Quand la jeune femme se fut enfin échappée de la chambre d’Anna, une exclamation se fit entendre depuis l’espace qui séparait le lit du sol : « Mais elle n’est même pas polie comme il faut, c’est une honte! Je lui dirai bien, moi, qu’elle te doit plus de respect !

- Elle fait juste son travail, Jamel. Cesse de penser comme un enfant.

- Elle le fait mal, voilà.»

Jamel, sur ces mots, sorti de sa cachette et s’épousseta frénétiquement avant de reprendre : « Je ne peut pas rester longtemps, Anna, le monstre me cherche. Je venais voir si tu étais bien…

- Arrêtes un peu avec cette histoire de monstre.» La voix d’Anna était une caresse imperceptible. « Tu as du faire un gros cauchemar, tu sais comme tu es impressionnable, mon petit… Et je vais mieux, Dieu merci. Je pourrai bientôt sortir, et c’est grâce à toi, Jamel. Sans toi, jamais-

- Jamais rien ! De toute façon, je suis là. Et je suis heureux que tu ailles mieux, vraiment heureux. Je vais partir, je dois juste passer voir le mauvais docteur pour lui redonner de l’argent. Tout ira bien et bientôt, tu seras à nouveau chez toi et nous prendrons du thé et des gâteaux, tu verras ! »

La vieille femme caressa de la main le visage de Jamel, ses grands yeux transparents plongés dans ceux de celui qui l’avait sauvé. « Va-t-en vite, chenapan.», et Jamel était parti.

 

Alors qu’il se déplaçait dans l’hôpital en direction des bureaux des médecins, un petit sac rempli de billets dans une de ses poches, Jamel repensa à ce que lui avait dit Anna. C’était normal qu’elle ne croie pas au monstre, elle était vieille et fragile, et d’ailleurs, c’était mieux qu’elle ne sache pas qu’il existe. Mais Jamel, lui, savait qu’il était réel et qu’il le cherchait sans doute, en ce moment même. La peur remonta le long de son cou.

Anna. Il devait protéger Anna du monstre. Il ne pourrait pas avoir peur toute sa vie. Reprenant courage, il franchit un large couloir et s’enfonça sans un bruit par la porte du bureau du docteur Hernani.

31.10.2008

Tom York ne vaut pas mieux que Ringo Star

La rancoeur de Pierre.

Mesdames, messieurs, mes écureuils, asseyez vous et affichez votre air le plus grave, vous préparant en votre for intérieur à verser des sanglots gros comme une augmentation salariale présidentielle dès lors qu'un premier tremblement viendra vous chatouiller les moustaches. Car ce post est destiné à dévoiler un pan secret et pudique de la vie de Pierre, Le Pierre (ZiOne), le fils caché de Paul Mac Cartney (appelé aussi "perd-son-peigne" dans les milieux autorisés), notre papa de Mornings et de Fractale qui vous prépare ces temps ci des poissons grillés du meilleur goût sur le troisième album (véridique).

Drame et expéctorations bruyantes, mais tant nécessaires pour enfin percer un pan de la psychologie de ce jeune loup et du poids gigantesque qui habite le ventricule gauche de son coeur.

La première fois, le jeune Pierre âgé seulement de 4 années jouait en toute insouciance, un matin doux et ensoleillé, dans la cours d'école de Cambridge . A cette époque, il gambadait heureux, le sourire béat et les bras ballants, la mèche rebelle et le corps massif se mouvant dans sa ravissante vareuse Cyrillus à petits poids roses. Il ne souciait à l'époque que bien peu des méchancetés de la vie (ho ho ho...). Tralala!! chantait il en effectuant un petit pas de danse de côté, tout en désignant de son petit bras menu (mais quand même un peu massif) les oiseaux qui émerveillaient son cœur de jeune dandy social-traître amateur de disco et de riz au lait. Et même plus que tralala, chantait il, car déjà à l'époque, le bougre caressait l'écriture musicale et, s'inspirant des plus grands ( il portait rigoureusement le même jogging que Freddy Mercury), il avait composé une petit comptine de la manière suivante :

"Wee shall diie in a yellow submarrinne
Yellow submarrinnne
Yellow submariiine".


Arriva alors le jeune Ringo Star qui, du haut de ses huits années déjà acnéiques, aborda notre petit Pierre l'âme rempli d'une malice plus putride que la nuit et lui tint à peu près ce langage : " Bonjour jeune Pierre, quelle belle journée que voilà, et que tu es mignon à gambader ainsi cette jolie chanson au lèvres! Il faudrait d'ailleurs que tu la protèges contre les voleurs, cette chanson, on ne sait jamais, il y a tellement de chenapans... Mais en attendant, puisque nous sommes si bien et que la vie coule comme un petit rongeur au fond d'un puit, et si nous amusions à nous mettre du gel dans les cheveux, pour rigoler un peu ensemble?"

Le jeune Pierre qui à l'époque n'était qu'un diamant d'innocence accepta la proposition d'emblée et commença à se recouvrir les cheveux de gel en poussant de grand éclats de rire, encouragé opportunément par son laid et très méchant camarade. Mais il en mis tant que ses cheveux se collèrent à ses yeux. Il appela à l'aide mais personne, personne (la répétition est là pour appuyer le personne, si vous n'aviez pas compris), personne ne vint le sauver. Et quand le lendemain, il alla déposer son morceau, quelle fut sa surprise d'apprendre qu'il était un voleur et que le grand Ringo était déjà l'auteur de ce chef d'oeuvre de la pop musique.

Le jeune Pierre ravala sa colère et choisit, à dater de ce jour, de se méfier à jamais des produits capillaires. Mais en vain, en vain, car cinq ans plus tard, alors qu'il jouait aux billes avec un camarade de primaire, il se mit à fredonner une autre mélodie qu'il avait composé par amour pour son chat, animal qui occupait son âme jusqu'à ce que son chien l'eut croqué d'un seul coup de chicots, ne laissant pour cadavre qu'une pate tranchée et un peu mastiquée baignant dans son sang. Et ainsi fredonnait il :

"Catt my policce,
Arrest my dog he ate my friend
He swaaaalowed his intestines and only left a piece of meaaaatt..."


A ce moment, Tommy, Yorke de son nom, lui dit (nous citons) :
" Il est pas mal ton morceau, là, p'tite tête. Je te l'échange contre trois billes en verre et deux gros calôts
- Who hé ça vaut même pas, hein!"
, car le jeune Pierre commençait à oublier d'être con.
"Que si que ça vaut, hé, tête de pioche"
(nous remarquons que le jeune Tom se permettait des écarts de langage peu plaisants) "Même que mon père, il m'a dit que les sex pistols avaient vendu leurs titres pour même pas deux calôts, alors t'es trop bète si tu dis pas oui."

Et là, le jeune Pierre acquiésa de peur de manquer visiblement du sens du commerce et de l'équité, peur qui naturellement se changea en spasme du petit colon quand le morceau échangé devint un hit interplanétaire du groupe "Radiohead".

Heureusement, depuis ce jour là, le jeune Pierre décidé qu'il ne se laisserait plus jamais faire et, sur le conseil de sa jeune soeur Raphaëlle [I'mNotDrunkGiveMeYourGlass], se mura vivant dans une cave en déléguant à not' chanteuse toute gestion de ses droits musicaux.

La morale de cette histoire, c'est qu'Tom York a beau essayer de se la jouer coolos en défendant les artistes contre les majors, il a quand même arnaqué des gosses pour leur chourrer leurs compos et s'faire ensuite sa célébrité là d'ssus, qu'il en est relégué au rang de Ringo Star que c'en est pas Indochine mais qu'on est plus bien loin, j'dis ça comme ça comme si j'disais rien, attention. Et on s'en souvient! Et on en reparlera, Tom! Tu m'entends??? On en r'causera un jour qu'tu seras insouciant dans une ruelle noire, à t'balader 'vec ta dégaine de bouffeur d'jus d'pomme biologique, et qu'tentendras des pas derrière toi, et un bruit d'métal qui gratte contre le mur!! Et c'jour là, on verra bien c'que t'auras à nous dire et si t'essaieras encore d'nous refourguer tes billes que t'en feras beaucoup moins l'malin, hein.

Non mais oh.

Qu'à cause de c'te voleur, maint'nant, chaque fois qu'notre Peete il fredonne un air, il fait signer sous la menace à tous les gens dans un périmètre de 150m une reconaissance de droits en leur appuyant un tournevis rouillé sous la gorge que ça en devient socialement oppressant.

13.10.2008

Chevaliers de Venise chapitre 11.5 : Fermer les yeux une seconde fois

Le temps que Quema finisse une analyse sérieuse et complexe de la crise économique actuelle, nouveau et court chapitre des chevaliers de Venise, le chapitre 11 ayant été rajouté au roman disponible en ligne sur le site (et vous ne révez pas, c'est souligné, ça veut dire qu'on peut follement cliquer sur ce lien pour aller y jeter quelque regard.)

Santé.

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‘Le vide est un animal

Une bête patiente et délicate, dévorée d’une sauvagerie sans limite.

Nous lui offrons nos proies avec joie.’

Chant des Sœurs

David cligna des yeux plusieurs fois, se protégeant maladroitement des rayons de soleil qui pénétraient son salon et ricochaient sur le parquet. Il devait s’être endormi, il ne se souvenait pas avoir vu le jour naître et pénétrer chez lui. Une douleur sourde parcouru son dos alors qu’il tentait de se redresser, le renvoyant pour un avenir proche dans le fauteuil en cuir qu’il n’avait pas quitté de la nuit.

Son salon baignait dans un silence irréel, à peine troublé par une autre respiration que la sienne. Elle dormait encore. Il passa une main endolorie sur ses paupières lourdes avant d’oser enfin la regarder.

Elle était toujours plongée dans son sommeil, recroquevillée comme un animal fragile dans le canapé noir sur lequel il l’avait laissé s’endormir la veille. Le drap emmêlé recouvrait la moitié de son corps dont la peau nue attirait la lumière. Son bras flottait dans le vide comme si elle avait cherché à un moment à saisir quelque chose, sans succès.

Des images de la nuit brillèrent sous les paupières de David. Il avait veillé immobile, installé dans ce siège à quelque pas de la jeune femme, à la regarder dormir paisiblement, son corps caressé de temps à autres par des lueurs qui étaient nées au loin dans la rue et avaient traversé l’espace pour parvenir jusqu’à elle. Le jeune carabinier tenta d’assembler les différents éclats qui remontaient dans sa mémoire en un souvenir unique, sans succès.

Les murmures des démons qui l’avaient tourmenté cette nuit étaient toujours là. Il ne pouvait définitivement pas rester ainsi à la regarder comme un idiot patenté. Il l’emmènerait aujourd’hui même au commissariat et la confierait à des collègues qui s’occuperaient d’elle et le libèrerait de cette charge. Mais elle ne voulait pas qu’il prévienne la police, c’était même la seule chose qu’elle avait réussi à lui dire hier soir quand il l’avait découverte blessée sur son palier. Elle ne pouvait pas deviner qu’il était lui-même un carabinier…

Un mouvement. Ses pensées moururent subitement. Elle dormait encore, elle venait juste de se retourner, ramenant son bras nu au dessus de son visage. La plaie était encore visible. Ceux qui avaient fait ça… La colère souleva l’âme de David. Elle avait eu raison de venir devant chez lui. En un sens, elle l’avait choisi. Il trouverait les coupables et s’occuperait d’eux d’une manière définitive. C’était sa ville, il en était un des gardiens, et les rues abritaient les vermines qui s’étaient attaqué à elle. Il lui prouverait qu’elle avait tord de ne pas faire confiance à la police, il retrouverait les agresseurs et les amènerait à genoux expier leurs fautes devant leur victime…

Quelques bruits se firent entendre, un passant. Il se souvint que le jour était là, maintenant. Il avait du répéter ces pensées des milliers de fois durant la nuit, écoutant religieusement la respiration de la jeune femme sans oser commettre le moindre bruit.

Il se leva avec mille précautions, et risqua quelques pas qui firent craquer le plancher et semblèrent réveiller la jeune femme. Sa respiration se brisa, ses lèvres s’entrouvrirent alors qu’elle se soulevait avec peine.

Elle ouvrit finalement les yeux.

David se sentit dévoré par son regard. Son esprit blanchît immédiatement, le rendant incapable de parler ou de bouger.

Quand elle sembla enfin l’apercevoir, elle esquissa un sourire d’enfant, comme si la présence de son hôte suffisait pour la rassurer complètement. Elle se laissa regagner par le sommeil et se rendormit, l’écho du sourire toujours sur les lèvres.

Il fallut à David de longues secondes pour oser reprendre son mouvement. Il atteint la petite cuisine attenante à son salon et commença à fouiller ses placards à la recherche de café. Elle aurait faim à son réveil, aussi.

Alors qu’il préparait consciencieusement un petit déjeuner pour son invité, il se sentit gagner par un sentiment qu’il n’avait jamais rencontré auparavant. Chacun de ses gestes lui semblait prendre une importance incroyable. Il la protègerait. Elle était venue jusqu’à lui. Il serait digne de sa confiance, il n’allait pas l’emmener aujourd’hui même au commissariat, elle venait sans doute déjà de vivre des moments difficiles. Il lui laisserait du temps. Quelques jours où elle partagerait sa vie, le temps d’aller mieux.

David se versa une tasse de café. Il ne se souvenait pas avoir été aussi fatigué de sa vie. Il n’avait pas du dormir plus de deux ou trois heures pendant la nuit et pourtant, il se sentait étrangement bien.

Il se sentait vivant.

03.10.2008

La suite de la maladie de Fabio

Hoooo, rage, Hoooooo

Bah oui. Ho rage. Parce que vous vous en souvenez, on en parlait ya pas plus tard que l'avant dernier post (ce qui par ailleurs vous troublera, dans la mesure où celui ci annonçait exactement ce post ci au post pret. Et là, vous comprenez. Et oui. Nous manipulons le temps. Un petit bout de temps (haha, blague d'inité) qu'on fait ça, en fait, histoire d'arranger divers problématiques de la vie de tout les jours. Exemple : Vous devez faire cuir un oeuf exactement 60 secondes. La galère normalement, il faut mettre l'oeuf à cuir et attendre comme un con la 60° seconde. Un truc d'arriéré, quoi. Bah nous, moins cons, on met l'oeuf à cuir en commançant par la fin, soit 60 secondes avant le début, et après, on a plus qu'à le récupérer une minute avant sans stress vu qu'on a fixé le temps de cuisson au début (soit, après)).

Mais donc oh rage, Oh sournoise maladie. Car notre ami Fabio est malade, oui. On savait pas, nous, avant, même qu'on acceptait d'être en sa compagnie sans qu'il soit enfermé dans un cube de ciment avec un trou. Enfin, vous comprenez, ça, c'était avant, on a pris le coup et pour rattraper le retard, on a même bouché le trou. On s'en est bien tiré mais on a eu chaud.

Et donc, non, nous ne savions pas. Tout a commencé un beau matin de septembre où nous étions heureux. Fabio était assis sur une chaise et souriait au monde qui le lui rendait bien. Sa guitare à la main, il s'apprétait à enregistrer une petite descente du morceau Boubou, bientôt rebaptisé en "Take your spoon and run", et ça c'est une exclu. Donc, on lance la piste, lui se prépare en poussant des petits rires sympas et se lance et fait sa piste.

Après écoute, nous nous regardons gravement et demandons conseil à Quema la Suprème (aussi appellée Je-Suis-Belle-Et-Désirable) qui après écoute nous miaule : Miou miou ron fcht, soit miou à mot : Saumon rose mais saumon moins rose que d'autres saumons, ce qui donne : C'est pas mal, mais il peut mieux faire. Nous, forcément, et vous auriez fait pareil à notre place, donc, nous, térassés par l'infinie sagesse de Quema, nous décidons d'en tenter une autre de prise, pour voir. Donc on fait une autre prise de gratte et on écoute et là, curieusement :

C'est moins bien.

Enfin, moins bien, non. Mais elle paraît moins en place. Du coup, on en essaie d'autres. Et chaque fois, le même procédé se fait, la piste paraît de moins en moins en place. Plus fouillie. Quand à fabio, le voilà qui rougit un peu, il semble peiner de plus en plus, comme si la prise était plus dure à exécuter...

Ceux qui connaissent cela l'auront reconnu, pour les autres, disons le : Fabio montrait des symptomes évidents de Playmobilorite Aigue.

Car comme son nom ne l'indique absolument pas, la playmobilorite aigue (dîte aussi syndrôme des gros orteils dans les milieux spécialisés) est une maladie qui apparaît quand le malade tente de répéter un même geste plusieurs fois de suite, en forçant mentalement la victime à rajouter un peu plus à chaque itération de l'exercice sans qu'il s'en rendre compte. Et après écoute, nous avons réalisé qu'à chaque nouvelle prise, fabio avait rajouté à celle ci une note de plus sans qu'il en soit réellement conscient.

Celà permit néanmoins d'expliquer plusieurs mystères, comme notamment, le fait qu'il ne se garait jamais plusieurs fois de suite au même endroit. Rajoutant à chaque fois un créneau de plus à sa manoeuvre, il avait été un jour le centre d'un blocage de 19 heures place de la République. De même pour sa manie de jeter ses vêtements neufs au bout de quelques jours, ne supportant plus de devoir mettre enfiler et enlever trente fois de suite une paire de chaussettes.

Drame.

Mais depuis qu'il est dans le béton, il va mieux. Au début, on arrivait pas à communiquer, il boudait un peu, mais depuis que Raphaëlle et Romain s'amusent à jeter le cube de béton dans les escaliers des grands bâtiments publiques, il est vachement plus réactif.

Parce que Lonah, c'est comme une grande famille.

28.09.2008

La maladie de Fabio

Mes amis.

C'est avec une tristesse infinie que nous rédigeons cette note, destinée à vous faire partager une douleur qui nous est récente et nous fait encore mal à l'intestin, le coeur étant ces temps ci pour des raisons de restructurations attaché à la reconnaissance des formes et des couleurs suite à de récentes pertes neuronales fumeuses. En effet (halala), et tenez vous bien à votre chat (oui, c'est grave), la nouvelle s'énonce froidement et s'en va ensuite couvrir nos petits intestins transis (voir plus haut) d'un gèle misérable qui plus jamais, non, plus jamais (on la refait c'est cool), non, plus jamais rien ne sera jamais comme avant (ce qui, sois dit en passant, est assez révélateur, dans la mesure où pour peu que l'avant soit correctement situé en regard du vent, on réalise que plus rien n'aura jamais été comme aujourd'hui. Incroyable, n'est-il pas?)

Haaaa, Haaaa, Haaaa, monde cruel et froid destin, n'auras tu donc jamais que de l'hypocondrie? Pourquoi faut il que cet être jeune et frèle, aux beaux yeux d'amande dont le sourire, le si beau sourire réveillait en un instant nos oesophages (l'intestin ne pouvant tout supporter tout seul, vous l'aurez saisi. Lire à ce sujet la confondante étude de "Mon intestin et moi, étude de la sociologie des chairs mortes en milieu tempéré" du Dr Hervé Hamilton Cosuteau).

On en était où?

Ha oui, le beau sourire, monde de merde, on reprend. Haaa Haaa Haaa (histoire de se remettre en condition), noir destin. Fallait il que souffre cet homme noble et beau quand tant d'hommes sur terre ont l'âme vilaine ou écoutent Indochine?(*). Mais hélas, il faut nous y résoudre. La maladie a frappé et il ne reste qu'à rester brave, le front levé, le menton vigoureux, et à lutter, lutter jusqu'au dernier souffle.

A ce stade de lecture, vous devriez vous poser deux questions selon que vous soyez profondément débile ou subtilement cultivé.
- Si vous vous êtes demandé : "Mais qui donc est ce jeune homme, cachent ils son nom par pudeur?", vous rentrez fort opinément dans la première catégorie sus-citée dans la mesure où c'est écrit dans le gros titre gras tout en haut de la page.
- Si vous vous êtes demandé ce que foutait une astérisque (*) dans le dernière paragraphe alors que chaque disgression avait été auparavant inclue directement dans le texte, alors, dans mes bras. Car oui, à l'ouverture de cette parenthèse, Quema a parlé et a dit, je cite : Miaw miaw merrowwww miawww
Ce dont une traduction miaulement à mot donne : Trop de croquettes dans les croquettes que les saumons sont partis
Ce qui, en bon français, finit par être : Arrête tes putains de disgressions

D'où l'astérisque, que nous dévoilons maintenant :
(*) Note : en effet, l'écoute prolongée d'Indochine causant une perte d'humanité rapide et totale, il n'est pas possible à la fois d'avoir une âme (mauvaise ou pas) et d'écouter ça.

Mais

Mais reprenons : car vous l'aurez compris, Fabio, le beau Fabio, l'homme habillé plus chic que chic que nous regardions avec tendresse détruire psychologiquement ses collègues de bureau, Fabio est malade.

Et je vous dis malade, vous subodorez une arnaque, vous craignez la grippe, le rhume nul dont on aurait fait la substance (malléable mais peu attirante, n'ayons pas peur des mouchoirs) d'une attrape textuelle pour gonfler ce bloug, vous redoutez la constipation ou la foulure de cheville comme une mauvaise blague pour vous asséner tout ce pâté verbal..

Bah non.

TRES malade. Genre on est obligé de mettre des majuscules pour bien vous faire comprendre.

Et toc.

Mais malade de quoi, du coup, vous demandez vous un peu lassé par tout ce bavardage.

Ben ça, on en parlera justement au post d'après le prochain post. Vous apprendra à vous la jouer dubitatif, tiens.

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