07.11.2008

Chevaliers de Venise chapitre 12 : Un songe suffit à nourrir une âme morte

Pom padaboum boum bam tadi tada yeah, pour parapher cette idôle des jeunes qu'est Michel Sardou alors qu'il effectuait son célèbre numéro de claquettes / sardines à l'huile devant un public ébahis.

Pom padaboum boum et nous n'hésiterons pas à appuyer le boum, car voici le douzième chapitre des chevaliers de Venise, l'ensemble des chapitres étant toujours dispo sur le site en cliquant là, oui, là.

Donc chapitre 12, un songe de Juan, la rencontre avec l'Idiot et la Légion qui commence à danser sur la ville. A votre santé :

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‘On dit des chevaliers qu’ils ont refusé de mourir

et que la nostalgie de ce monde les a retenu ici bas.

Le serpent qui me nourrit m’a confié un jour que tout cela était faux.

Nous sommes les fous condamnés, ceux pour qui il est écrit

qu’ils goûteront chaque jour une souffrance plus belle et plus cruelle encore

que ce qu’ils avaient déjà enduré.’

Ecrits de Paul.

Il contemple, un peu idiot, ses mains couvertes de sang séché qui luisent d’une chaleur mauvaise sous les caresses de la lumière du jour, ses mains crasses et lourdes dont il n’arrive pas à ce convaincre qu’elles lui appartiennent vraiment. Il les tourne et les retourne plusieurs fois, suivant du regard les crevasses noires qui se sont formées en épousant les replis de chair, cherchant en vain des yeux un fragment de peau qui serait encore vierge de toute folie.

Ce n’est pas mon sang !

L’idée traverse son esprit embrumé et s’impose comme une évidence. Le sang qui recouvre ses doigts est celui d’un camarade, d’un compagnon de lutte. Il tente de retrouver le nom de celui qui est mort dans ses bras mais se heurte à un mur silencieux. Il lutte contre l’oubli, il doit pouvoir se souvenir. Mais il se perd dans le vide, ses mains blanchissent sous ses yeux et le noir revient, qui l’enlace et le perd à nouveau.

 

« Ils ont eu Carlos !»

La phrase résonne et l’arrache à la torpeur qui l’avait dérobé. Il voie un de ses camarades s’élancer en direction du corps qui vient de s’écraser lourdement contre le sol. Il ressent le besoin urgent de crier, de le prévenir du danger.

Aucun mot ne sort de ses lèvres.

Le coup de feu cueille l’homme à travers un vitrail alors qu’il arrivait pour secourir son ami et le voilà qui s’écroule à son tour, la gorge crevée par l’impact.

C’est un rêve.

Il connaît ce rêve pour l’avoir vécu de nombreuses fois. Il entend sa propre voix intimer aux survivants de se plaquer contre les murs de la petite église dans laquelle ils se sont réfugiés. Il ne reste que quatre d’entre eux. Carlos et Luizo sont morts. La voix d’un de ses amis résonne, gonflée de colère : « C’est impossible ! Comment ont-ils pu réussir à le toucher à travers un des vitraux ? »

Il n’a pas le temps d’entendre sa réponse. Le noir est revenu et avec lui l’oubli.

 

« Juan ?»

L’appel de son nom le ramène au cœur du cauchemar. Il se retourne en baissant son fusil. Encore une fois, il est incapable de se souvenir du nom de son camarade. Celui ci ne doit pas avoir plus de vingt ans. Ses yeux sont rougis par la fatigue et la peur, son front est luisant de sueur et ses mains tremblent autour de sa carabine. Il semble hésiter, paraît se raviser, puis enfin, d’une voix étranglée : « Tu dois nous sortir de là, Juan. »

Il se sent sourire. Il ne devrait pas dans ces moments là, il devrait prononcer des paroles fausses et réconfortantes mais il n’y arrive pas. Il entend sa voix, pleine d’une ironie mordante : « Nous sortir de là? Quelle bonne idée, je n’y avais pas pensé mais maintenant que tu le dis…»

Il perd conscience sur le regard accusateur du jeune homme qui ne comprend pas qu’il puisse s’amuser de la situation. Il aimerait lui dire qu’il n’y est pour rien, qu’il a fait au mieux et qu’il reste toujours un espoir, mais les mots se dessèchent au fond de sa gorge. Et comment ne pas rire, après tout, de savoir que leur petit groupe d’anarchistes va achever sa carrière assiégé par les franquistes au cœur de cette minuscule chapelle de campagne. ?

Comment ne pas rire de cette ironie cruelle qui va les voir mourir un par un, eux qui crachaient sur Dieu en riant, sous le regard immobile du Christ et de ses saints ?

 

Miguel. Le jeune s’appelait Miguel.

Il regarde sans y croire le corps du gamin qui a tenté de s’enfuir, abattu quelques secondes à peine après qu’il ait franchi la grande porte. Il est seul, maintenant. Il ne ressent aucune tristesse, il aimerait juste au moins emporter une de ces ordures avec lui. Il vérifie pour la millième fois son fusil et se renfonce dans un interstice de pierre à côté de l’autel, contemplant l’un après l’autre d’un œil vide les corps de ses camarades.

Il sait que le rêve touche à sa fin et enrage d’être ainsi mis à nu, condamné à revivre tout cela jusqu’à la lie.

 

Je vais mourir.

Ses yeux s’ouvrent sur les éclats du feu qui a envahi la petite église. Le toit se désagrège et menace de s’effondrer. Il sait qu’ils l’abattront à la seconde où il tentera de s’échapper. Il n’arrive pas à comprendre à quel moment ils ont recouvert les murs d’essence mais cela n’a plus d’importance, maintenant.

Il s’élance à travers un vitrail, atterrit sur le sol, se relève maladroitement et tente de courir. La balle lui traverse le cœur au troisième pas et il s’écroule face contre terre. Il entend des pas s’approcher de lui. Ils ne lui tireront pas dans le dos. Il se retourne avec difficulté...

Deux soldats en uniforme le contemplent d’un œil vide, puis s’écartent en laissant passer celui qui doit être leur officier.

Un reflet de l’incendie illumine son visage un instant.

Malgré sa vie qui s’enfuit, Juan ressent une terreur immonde s’emparer de lui. Il essaie de hurler mais son souffle s’est déjà épuisé. Et le noir l’envahit, définitivement.

 

 

Juan se redressa brutalement et resta ainsi en suspens, assis en travers de son lit à essayer de reprendre sa respiration. Il lui fallut un long moment avant de pouvoir retrouver un semblant de calme. Quand son souffle devint plus régulier, il s’adossa contre le mur derrière lui et perdit son regard sur la frange de lumière qui témoignait du jour sous la porte de bois de sa chambre.

Encore ce rêve

Il regarda ses mains d’un air trouble. Il connaissait trop bien ce cauchemar qui le hantait régulièrement et qui à chaque fois, l’abandonnait épuisé et vierge de tout souvenir…

 

 

 

Venise, Cannaregio.

C’était une matinée ordinaire, pareille à toute autre dans ce quartier de la ville. Les passants défilaient le long du canal comme autant de pantins inutiles, laissant leurs reflets à la traîne se troubler à la surface de l’eau noire.

Un chat qui passait par là, alors qu’il se promenait le long d’une vieille nostalgie, s’arrêta brusquement, les sens en alerte, son regard planté en direction d’un point du canal dont l’eau était agitée de tremblements inhabituels. Un long feulement s’éleva à mesure que les mouvements de l’eau s’accéléraient en un bouillonnement intense, sans que personne n’ait semblé s’en inquiéter.

Le chat ne s’étonna pas de cette indifférence de la part des hommes qui était un constant sujet de moquerie chez les félins de la ville. L’animal recula de quelque pas pour s’assurer de sa sécurité sans cesser de fixer de son attention la surface de l’eau qui était redevenue parfaitement lisse. Quelque chose était là, qui attendait son heure…

Le chat redressa les oreilles. Un bruit montait peu à peu, une plainte sourde et lancinante qui tenait presque du chant. Ce qui était un simple murmure mua avec le temps en un hurlement de tristesse et de désespoir. Les hommes, eux, semblaient avoir choisi de ne pas l’entendre et passaient leur chemin comme avant. Mais le chat aperçut dans les environs trois autres de ses pairs qui avaient accouru et restaient eux aussi à bonne distance, le regard braqué sur l’ombre qui se distinguait à peine à travers la surface de l’eau du canal.

Les chats partagèrent leurs accords et parvinrent à une même conclusion. L’être qui se cachait appelait sa proie.

Peu de temps après, alors qu’une jeune femme passait mêlée aux autres passants le long du canal, un bras noir d’une texture huileuse jailli hors de l’eau et lui enserra le corps. Elle s’arrêta net, sans toutefois montrer le moindre signe de peur, et tourna un regard triste en direction de l’eau. Un nom traversa ses lèvres, un nom douloureux.

L’être sortit de l’eau péniblement, se déplaçant faiblement d’une démarche pataude. Son corps, noir, brillant et parfaitement lisse se déformait à chaque mouvement, tentant tant bien que mal d’avancer malgré un équilibre précaire. Il portait un masque blanc, percé de deux fentes à la place des yeux, qui semblait collé à même la peau de l’être, là où aurait du se trouver son visage.

Les chats reculèrent mal à l’aise. La mémoire de l’être s’était perdue depuis quelques générations et ils ignoraient quels dangers se cachaient derrière celui-ci.

La femme ignora parfaitement l’être alors qu’il arrivait à grande peine à sa hauteur et la prenait dans ses bras. Une larme apparut.

Puis, semblant se réveiller, elle se frotta les yeux et reprit sa marche d’un pas plus lent, traînant l’être avec elle là où elle devait se rendre.

 

La nouvelle passa de chat en chat en peu de temps, signalant que le même phénomène s’était reproduit dans de nombreux endroits de la ville. A la mi journée, on comptait une centaine de ces créatures, chacune accolée à un des habitants de la ville et le suivant dans ses moindres déplacements.

 

 

Cour des chevaliers

Arthur ajusta sa veste avec lenteur, reproduisant plusieurs fois le même geste, perdu dans ses pensées. Il n’avait pas dormi de la nuit, toujours hanté par sa rencontre de la veille et avait finalement trouvé avec l’aube la force de se lever de son lit pour sortir de sa chambre.

Il franchit la porte et la cour de Venise se dévoila sous ses yeux du haut du deuxième étage. Il s’avança jusqu’à la balustrade et laissa son regard se perdre sur la petite place traversée par ses cours d’eau. Il distingua au loin, sous une des arcades, Paul accompagné d’un autre chevalier, sans ressentir le besoin de les rejoindre et de briser ainsi sa solitude.

Ce fut quand il tourna paresseusement le regard qu’il vit qu’il n’était pas seul. Il ne put détacher ses yeux qui détaillaient cet homme adossé contre un mur un peu plus loin, ignorant parfaitement sa présence.

Arthur fut de prime abord frappé par le physique de celui qui devait être, supposait il, un autre chevalier. L’homme n’avait pas de jambes et son ventre démesurément gros reposait à même les lattes de bois. Son corps tout entier paraissait boursouflé, comme s’il avait été piqué par un insecte au venin dévastateur. Ses bras mesuraient le double de son corps et reposaient à ses côtés en traversant de leur longueur toute la distance qui séparait le mur de la balustrade.

Ce fut le visage de l’inconnu qui dérangea le plus Arthur, seule trace sensible d’humanité de son crâne parfaitement rond et chauve. Ses lèvres semblaient repliées en une éternelle moue boudeuse, mais ses yeux paraissaient pleinement conscients et dégageaient une tristesse infinie dépourvue de larmes.

« Nous n’avons pas eu le plaisir d’avoir été présenté l’un à l’autre. Je m’appelle Arthur, une nouvelle recrue de votre groupe de fantômes. »

L’inconnu tourna très lentement la tête en direction d’Arthur sans que son regard ne varie.

« Tu n’es pas très causant, dis moi ?

- Il ne te répondra pas.»

Arthur se retourna face à Juan qui se tenait à quelques mètres derrière lui, le visage pale, les mains agitées de faibles tremblements : « Tu as passé une mauvaise nuit on dirait, Juan.

- Une habitude. Ca ira mieux dans quelques instants, mais je peux au moins faire les présentations. L’Idiot ne parle à personne depuis l’accident qui l’a mis dans cet état, il y a trente ans.

- L’Idiot ?

- Oh, il ne s’appelait pas comme ça avant. C’était un homme formidable encore que je l’aie peu connu. Il avait le cœur sur la main et riait plus souvent qu’il ne parlait. Paul, Enguerrand et lui formaient un trio de fous dangereux qui a battit pour quelques siècles la réputation des chevaliers de Venise. Des trois, il est celui qui a payé le prix le plus élevé contre les Sœurs. Depuis ce jour maudit, plus un mot, rien. On le croise parfois dans la cour à mâcher sa tristesse, ignorant ceux qui lui adressent la parole. Je croie que Paul est le seul avec qui il accepte de parler.»

Juan conclut sa présentation d’un léger signe de la main et partit en direction des escaliers qui descendaient jusqu’à la petite place, laissant Arthur seul avec l’Idiot. Ce dernier s’était désintéressé du nouveau chevalier et laissait son regard flotter dans le vide, les lèvres toujours figées comme s’il avait été au bord de pleurer. Arthur s’accouda à la balustrade, suivant du regard l’espagnol qui rejoignait les autres chevaliers, puis d’une voix absente : « Les sœurs, n’est-ce pas ?»

L’idiot tourna à nouveau les yeux en direction de l’ancien lieutenant, qui aurait juré que les lèvres de cet étrange chevalier avaient tremblé un court instant. Arthur s’offrit un sourire et s’approcha de lui d’un pas lent : « Je suis content de voir que je ne suis pas le seul. Je peux te promettre de leur rappeler ton nom, la prochaine fois que j’en tiendrai une au bout de mon sabre. Si tu le désires, bien sûr.»

Arthur ne put retenir un mouvement de recul. L’idiot se tenait maintenant droit devant lui et serrait son bras droit d’une de ses mains gigantesques, le regard dévoré de tristesse plongé dans l’âme du nouveau chevalier, un hideux sourire défigurant son visage. Un chuchotement traversa les lèvres de l’Idiot : « Vladimir…»

Les lames froides glacèrent l’âme de l’ancien lieutenant devant la souffrance que traînait avec elle la voix de l’idiot, une souffrance infiniment plus grave et plus profonde que la sienne. Il ferma les yeux, posa sa main par-dessus celle de son nouveau compagnon et d’une lente révérence chuchota à son tour : « Pour ça aussi elles paieront. Je te le promet ».

Un courant d’air caressa la joue d’Arthur. Quand il ouvrit les yeux, l’Idiot avait simplement disparu, le laissant seul. S’accoudant à nouveau à la balustrade et laissant le soleil matinal abreuver sa peau, il se perdit en pensées sur ce qu’avait pu vivre Vladimir et le laisser dans un tel état, l’âme fêlée et le corps détruit. Ses mâchoires se serrèrent à son insu alors que la colère revenait plus fraîche encore rythmer son souffle.

 

Deux étages plus bas, Juan traversait la petite place, enjambant les cours d’eau qui la parcouraient en direction de ceux qui l’attendaient. Paul et Enguerrand prenaient le thé à l’ombre d’une arcade et saluèrent d’un mouvement de tête l’arrivée de l’espagnol. Ce dernier s’installa dans un des sièges encore libres et, sous le regard interrogateur de Paul, commença son récit :

« La légion était au rendez vous en petit nombre. Nous n’avons même pas eu l’occasion d’approcher le lapin qui s’était invité chez nous il y a quelques jours, mais je peux confirmer qu’il s’agit d’un animal curieux.

- Curieux comment ? » La voix d’Enguerrand était comme à son habitude grave et sèche.

« Un garçon très impoli. Je lui ai tiré deux fois dans le dos alors qu’il s’échappait de la légion et il n’a même pas daigné s’arrêter un instant... Et il y a autre chose, l’officier qu’ils ont envoyé est un vieil ami.

- Combien ?

- Dix-sept. »

L’annonce fit son effet, sortant Paul de sa rêverie : « Le dix-septième ? Tu ne devrais pas trop t’approcher de lui, Juan, tu le hais trop pour rester digne.»

Le moine saisit un coffret noir de petite taille qui reposait sur la table autour de laquelle ils se trouvaient assis et, comme parlant à lui-même : « Le dix-septième… Un lapin totalement inconnu et grotesque mais insaisissable…»

Juan l’interrompit : « Il a parlé d’une opération de routine… C’est peut être un des leurs qui s’est échappé et dont ils sont responsables, tu sais qu’ils ne reconnaîtraient jamais ce genre de chose devant nous…

- Il ment.» Paul venait d’ouvrir le coffret qui abritait un masque noir et or, qu’il tendit sans un mot à Juan. Ce dernier se perdit en contemplation devant l’ouvrage parfaitement ciselé, passant son doigt sur les lignes dorées qui soulignaient les yeux et les lèvres du visage modelé. Il se souvenait que ce masque avait une signification mais s’avérait incapable de remettre le doigt dessus. La voix d’Enguerrand le saisit au vol :

« Ce masque est apparu à côte de la fontaine cette nuit. Tu ne te souviens sans doute pas, mais nous avions reçu un même objet il y a trente ans. Les sœurs façonnèrent le premier il y a des siècles de cela, quand les chevaliers de Venise leurs présentèrent leurs épées pour se mettre à leur service. C’est un symbole de notre ancienne alliance.

- Et s’il est ré apparu cette nuit, c’est donc que les sœurs ont à nouveau besoin de leurs chiens préférés, c’est ça ? Comment osent-elles ? ». Les derniers mots avaient été crachés.

Les yeux de Paul se durcirent : « Elles osent parce qu’elles sont aveugles, Juan. Nous, nous vivons avec la mémoire de ce qui nous est arrivé, la souffrance qui s’est rajoutée chaque jour un peu plus à ce que nous avions enduré, comme Arthur vit dans une rage qui ne s’éteindra pas avec le temps. Les Sœurs, elles, ne doutent pas que nous leurs serons toujours fidèles, elles n’imaginent même pas que l’on puisse les haïr…

- Et elle ? Qu’en pense-t-elle ?

- Elle ne s’est pas encore réveillée, cela fait trente ans qu’elle s’est enfermée dans sa chambre… Mais je pense qu’elle devrait bientôt être parmi nous. La légion qui poursuit le lapin d’un côté, les sœurs qui nous appellent de l’autre… Il se passe quelque chose. Quelque chose d’important… Et plus important que tout, il est temps pour nous de cesser d’agir comme les serviteurs d’un maître ou un autre, non ?»

Paul se leva, entraînant Enguerrand dans son mouvement sous le regard interrogateur de l’espagnol. Il saisit le masque noir et or d’une main, puis dit : « Il va falloir réfléchir. Si nous rentrons dans cette danse et défions la légion et les sœurs, nous ne pourrons nous permettre la moindre erreur. Pendant ce temps, trouve le lapin et ce qu’il cache, Juan. Elle devrait bientôt se réveiller et nous lui demanderons conseil. Assure toi juste de prévenir Arthur avant qu’il ne la rencontre. »

 

 

Venise, commissariat.

« Il est donc impératif de suivre la liste des commerçants dans l’ordre indiqué, de les convaincre un à un du bien fondé de leur coopération avec les forces de l’ordre et, naturellement, du fait que tout refus pourrait être interprété comme une agression en soi vis à vis de la politique de sécurité et… Tu m’écoutes, David ?»

Non aurait été une réponse honnête mais dangereuse, aussi David se redressa-t-il en s’excusant : « Je vous écoute, mes excuses, je suis encore peu réveillé.

- Ca ne te ressemble pas et je te conseille de faire attention. Le commissaire Moutardi te considère comme un excellent élément parmi nous mais rien n’est acquis, tu le sais…

- Je le sais, ça ne se reproduira pas.»

David conserva une posture rigide et attentive tout le temps que son collègue finissait de lui expliquer leur nouvelle tâche, tout en laissant son esprit vagabonder sur celle qu’il avait laissé chez lui en lui intimant de ne pas sortir et d’attendre son retour. Il ressentit une irritation à l’idée d’avoir ainsi trahi son devoir et de ne pas l’avoir signalée à ses collègues. Comment pourrait il prétendre défendre l’ordre quand lui-même l’enfreignait ? Il se répéta les paroles réconfortantes qu’il avait trouvées pour l’occasion et porta son attention sur la liste de noms et d’adresses qui reposait dans sa main.

« Tu seras accompagné par Giacco. Il est vital que nous mettions la main sur cet individu, la sécurité de Venise en dépend directement.

- Enfin, après tout, ce n’est qu’un cambrioleur, non ? ».

Le regard du carabinier prit une teinte de plomb alors qu’il s’approchait de David et qu’il lui confiait d’une voix plus basse : « Parce que tu croies qu’on déploierait autant de moyens pour un simple voleur ? Pour information, deux des nôtres ont trouvé la mort dans l’affaire de la banque, hier soir, deux pères de famille qui ne faisaient que leur devoir. Tu vas aller voir leurs gosses et leur expliquer que la mort de leurs pères n’est pas très grave ? C’est ça que tu veux ? ».

Les joues du carabinier s’étaient enflammées sous la colère. Il se calma et, prenant un ton de confidences : « Et puis, de toi à moi, je pense que le commissaire ne dit pas tout, histoire de nous protéger, mais il y a des histoires qui courent. L’individu aurait pas mal de sang sur les mains en fait... On parle de femmes et d’enfants agressés et retrouvés dans un état atroce, de mutilations gratuites sur des cadavres et je t’en passe... Non, détrompes toi, ce Jamel est un des pires criminels qui soit jamais passé par la ville, un fou meurtrier et dangereux. C’est pour cela que nous ne pouvons pas nous permettre de prendre de risques ».

David approuva d’un mouvement sec de la tête. Il se sentait mieux à présent, il était arrivé déprimé et peu enjoué à l’idée d’une journée de travail, probablement sous le coup de la fatigue, mais il avait en quelques instants retrouvé la fierté et la gravité inhérentes à son statut et profitait en douce d’un miroir un peu éloigné pour se reluquer dans son uniforme impeccable. Il salua son collègue et se dirigea vers son bureau où il se préparerait au travail qui lui avait été assigné.

Et puis, ce n’était que justice que les habitants de la ville les aident à arrêter cette ordure. S’ils vivaient là et profitaient de la bonne santé de Venise, ils ne pourraient refuser d’aider à la protéger. A moins d’être vraiment malhonnêtes, et pour ceux là…

Avec nous ou contre nous. Il n’existe pas d’autre choix.

 

 

Venise, hôpital

L’infirmière achevait de s’assurer que Mme Liepschitz ne manquait de rien, répondant maladroitement à ses sourires, pressée de sortir de la chambre. La compagnie de la vieille aveugle lui était difficile sans qu’elle n’ose se l’avouer. Non pas qu’elle était désagréable, au contraire, elle souriait à la moindre occasion et s’excusait sans cesse des gênes qu’elle pouvait causer… C’était juste que la vieille femme semblait ne rien ignorer des gens et des objets qui pouvaient l’entourer, ce malgré sa cécité. Elle lui avait ainsi suggéré de se reposer dans un de ses habituels conseils amicaux, alors même que l’infirmière venait de rentrer dans la chambre. Elle affichait en effet des cernes qui lui creusaient largement la peau sous les yeux et passa le reste de son séjour dans la chambre de la malade à se demander par quel miracle l’aveugle avait pu deviner son état de fatigue…

Quand la jeune femme se fut enfin échappée de la chambre d’Anna, une exclamation se fit entendre depuis l’espace qui séparait le lit du sol : « Mais elle n’est même pas polie comme il faut, c’est une honte! Je lui dirai bien, moi, qu’elle te doit plus de respect !

- Elle fait juste son travail, Jamel. Cesse de penser comme un enfant.

- Elle le fait mal, voilà.»

Jamel, sur ces mots, sorti de sa cachette et s’épousseta frénétiquement avant de reprendre : « Je ne peut pas rester longtemps, Anna, le monstre me cherche. Je venais voir si tu étais bien…

- Arrêtes un peu avec cette histoire de monstre.» La voix d’Anna était une caresse imperceptible. « Tu as du faire un gros cauchemar, tu sais comme tu es impressionnable, mon petit… Et je vais mieux, Dieu merci. Je pourrai bientôt sortir, et c’est grâce à toi, Jamel. Sans toi, jamais-

- Jamais rien ! De toute façon, je suis là. Et je suis heureux que tu ailles mieux, vraiment heureux. Je vais partir, je dois juste passer voir le mauvais docteur pour lui redonner de l’argent. Tout ira bien et bientôt, tu seras à nouveau chez toi et nous prendrons du thé et des gâteaux, tu verras ! »

La vieille femme caressa de la main le visage de Jamel, ses grands yeux transparents plongés dans ceux de celui qui l’avait sauvé. « Va-t-en vite, chenapan.», et Jamel était parti.

 

Alors qu’il se déplaçait dans l’hôpital en direction des bureaux des médecins, un petit sac rempli de billets dans une de ses poches, Jamel repensa à ce que lui avait dit Anna. C’était normal qu’elle ne croie pas au monstre, elle était vieille et fragile, et d’ailleurs, c’était mieux qu’elle ne sache pas qu’il existe. Mais Jamel, lui, savait qu’il était réel et qu’il le cherchait sans doute, en ce moment même. La peur remonta le long de son cou.

Anna. Il devait protéger Anna du monstre. Il ne pourrait pas avoir peur toute sa vie. Reprenant courage, il franchit un large couloir et s’enfonça sans un bruit par la porte du bureau du docteur Hernani.

30.10.2008

Tt le monde ne peut pas être le père de l'enfant de Rachida Dati

Selon une source ressemblant de loin à un gigantesque fondant au chocolat et de prêt au chanteur d'Indochine, il semblerait encore que nous n'en soyons pas si sûrs et que la vérification s'annonce complexe, que Romain, dit aussi "Quelle Bouteille?" ou encore "Plutôt crever en enfer que de jouer avec vos sticks de pédale", Romain, mon ami mon frère mon autre moi même, Romain, dans mes bras, Romain, donc, serait bien le père de l'enfant de Rachida Dati.

Selon cette même source vue à une distance médiane afin d'alléger le supplice de pareille révélation, Romain aurait commenté l'information d'un : "Vous ne pouvez pas le prouver et même si vous pouviez, c'est la regrettable conclusion d'une soirée crêpe gothique à l'OPA" avant d'ingérer une double dose de corticoïdes lubrifiés. Lonah tient à préciser que nous démentons formellement cette information née des bouches les plus voraces de rumeurs dégueulasses et que même si c'était vrai, ce serait à l'OPA de mieux surveiller qui rentre à ses soirées et que son service de sécurité ne laisse pas pénétrer la première coiffée intérieure venue.

Non mais

28.10.2008

ph. musical #Mornings.2

Parce que nous tenons nos promesse, haha, nous vous l'avions dit que vous en renifliez d'appréhension, oh humeur fébrile et délicate qui vous envahissait les naseaux comme deux bananes enflées et jaunâtres telles deux croissants d'une lune moisie pour poètes mal digérés.

(haha!)

(ContentementDeSoi::end() -> launch epiphanie::addNew(*Wouhou))

Donc, nu nouveau photochimsotron musical (qu'on pourrait d'ailleurs, puisqu'on en cause là, entre nous, appeler musicochimsotron ou photomusicalochimsotron pour faire plus simple), toujours sur le thème de Mornings mais pas le même. C'est qu'on est des subtils qui soulevons la paupière lentement pour bien signifier à quel point on maîtrisait le sujet avant même que vous osiates (doute. on fait comme si de rien n'était) poser un orteil déformé (osiates?) sur le parvis rayonnant de cette endive (osiouilliez?) numérique qu'est ce bloug.

(osiassiez?)

Donc santé, et des travaux à base turques pour ne pas changer :

première photographie prise sur la rive nord de Sultanyameth.


Seconde photographie que l'on a déjà posté ici bas sous forme d'image fixe. Oui. C'est pas joli joli de réutiliser ainsi les pâtés mais bon, pour parapher Quema : "Mille poils sur une moustache ne font pas mille moustaches"


Oui, bon, pareil aussi. Palais de Topkapi :